Écrire pour La Roulotte

Lauriane Derouin a connu son baptême théâtral à La Roulotte, comme plusieurs Montréalais.
Photo: Claudine Derouin Lauriane Derouin a connu son baptême théâtral à La Roulotte, comme plusieurs Montréalais.

Le Théâtre La Roulotte a toujours été une école pour la relève scénique. Tous les étés, des comédiens et des concepteurs fraîchement diplômés font leurs classes dans un spectacle qui parcourt les différents parcs de la métropole. L’institution fondée en 1953 se veut désormais aussi un tremplin pour les dramaturges débutants. Grâce à un nouveau concours annuel, organisé par le Centre des auteurs dramatiques, le Conservatoire d’art dramatique de Montréal, l’École nationale de théâtre du Canada et la Ville, La Roulotte créera une oeuvre jeune public inédite chaque été.

La consigne était d’écrire soit une création, soit une adaptation d’un conte classique pour cinq comédiens (cette année : José Dufour, Sandrine Lemieux, Frédérick Tremblay, Zoé Tremblay et Rebecca Vachon). « L’autre critère était de respecter l’essence festive, burlesque de La Roulotte », explique la première lauréate, Lauriane Derouin. Choisie pour sa pièce Les déculottés, l’auteure de 26 ans est d’autant plus émue que, comme plusieurs Montréalais, elle a connu son baptême théâtral grâce à la troupe ambulante. Depuis sa plus tendre enfance, elle n’a jamais cessé d’aller voir La Roulotte quand celle-ci débarquait dans son quartier (Ahuntsic).

Photo: Claudine Derouin Lauriane Derouin

C’est là, à sa grande surprise, la deuxième compétition d’écriture qui couronne Lauriane Derouin. Avec Les malpeignés, qui a été montée brièvement à la Maison Théâtre en janvier dernier, elle a aussi remporté le concours « Le théâtre pour les jeunes publics et la relève ». Persuadée de ne pas gagner (« ce sont toujours des diplômés de l’École nationale en écriture qui l’ont emporté auparavant »), elle y avait tout de même participé, par pur plaisir, et afin d’explorer l’univers du théâtre pour enfants.

Formée en arts et lettres, profil art dramatique, au cégep de Saint-Laurent, l’artiste ne se destinait pas, a priori, à la création pour jeunes publics. Ni même à l’écriture d’ailleurs. « Au départ, je pensais à l’interprétation ou à la conception de costumes. Je ne savais pas que je pouvais écrire avant de composer Les malpeignés. Ça ne fait pas longtemps que j’apprivoise l’écriture dramatique…. Et je découvre que j’aime vraiment le théâtre jeunes publics », ajoute celle qui a aussi étudié en psycho-éducation.

Elle n’a cependant pas choisi son créneau encore. Elle est en train de définir son univers. « Mais j’aime beaucoup jouer avec les sonorités, écrire en utilisant les mots pour créer du rythme. »

Monstres aquatiques

Afin de peaufiner son texte, Lauriane Derouin a eu droit notamment à l’aide précieuse d’un parrain en écriture, Simon Boulerice (Pig, Javotte), qui lui a beaucoup appris. Son expérience de spectatrice de La Roulotte l’a également bien servie. L’auteure reconnaît le défi particulier que pose la représentation en plein air, dans un environnement bruyant et truffé de potentielles distractions. « Presque tout ce qui se passe dans un parc peut être plus intéressant que l’action sur scène… Il faut donc imaginer un univers qui va capter l’attention des spectateurs. »

Mis en scène par Isabelle Leblanc, Les déculottés raconte un été montréalais particulièrement rocambolesque, alors qu’un étrange problème afflige les piscines publiques : tout baigneur s’y voit automatiquement privé de son maillot, lequel est aspiré par le filtreur. Désespérés par la fermeture de leur plan d’eau, trois jeunes liés par une solide amitié — « un thème qui me touche beaucoup » — et fondateurs d’un club de nage synchronisée décident de plonger dans les profondeurs de la piscine. Ils vont y découvrir les « Gluants », un peuple de monstres qui y a élu domicile…

« J’avais envie de partir de quelque chose de très concret pour les enfants, qui se rattache à leur réalité, mais ensuite de le faire décoller, de tomber dans l’imaginaire, le fantastique », décrit l’auteure. La pièce s’ancre tellement dans le réel du public que le nom de la piscine devrait changer selon le quartier de la représentation. Mais sans renier, assure Lauriane Derouin, la forme colorée, éclatée qui a fait la tradition de La Roulotte. Et qui a séduit des générations de petits Montréalais.

Les déculottés

Texte : Lauriane Derouin. Mise en scène : Isabelle Leblanc. Du 28 juin au 23 août, dans le réseau des parcs de Montréal.