«Basta!»

La scène de la pièce «Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni» ne contient qu’une table, trois chaises et un néon suspendu.
Photo: Claudia Pajewski La scène de la pièce «Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni» ne contient qu’une table, trois chaises et un néon suspendu.

Le premier des deux spectacles offerts par Daria Deflorian et Antonio Tagliarini à l’occasion du Festival TransAmériques s’intitule Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni, ou si vous préférez « Nous partons pour ne plus vous donner de soucis ». Les créateurs italiens y explorent le versant le plus sombre du néolibéralisme, celui qui pourrait bien pousser quatre retraitées à se suicider ensemble pour libérer leurs proches du fardeau financier qu’elles représentent.

Cette image forte, empruntée à un roman de Petros Markaris intitulé Le justicier d’Athènes, cristallise la situation actuelle, les débâcles financières, les crises économiques multiples et interminables, cette pauvreté qu’on déguise en austérité, ces tragédies qu’on réduit à des incidents isolés. Devant autant de souffrance, autant d’hypocrisie, autant d’êtres humains condamnés à vivre en deçà du seuil de la décence, les quatre comédiens s’avancent sans masques et disent basta !

Théâtre pauvre : on ne saurait trouver expression plus juste pour qualifier le spectacle de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini. D’abord parce que les créateurs osent aborder de front, en leur propre nom, le sujet crucial et pas tout à fait attrayant de la pauvreté. Ensuite parce que leur démarche s’apparente fortement à celle que prônait Grotowski dans les années 60 : un théâtre pauvre débarrassé de tous les éléments qui ne sont pas absolument nécessaires à la rencontre entre des acteurs et des spectateurs.

Ainsi, la scène ne contient qu’une table, trois chaises et un néon suspendu. Dans cet espace pour ainsi dire vide, les quatre comédiens discutent, racontent, évoquent avec une simplicité désarmante les tenants et les aboutissants de la crise. On pose des questions. On cherche des réponses. Des issues. On aborde la révolte et l’obéissance, l’amour et l’amitié, la famille et la solidarité… en somme ce qu’on appelle le lien social, et la manière inéluctable dont il s’effrite actuellement.

Les plus beaux moments sont sans contredit ceux où les comédiens tentent de rendre justice aux quatre vieilles femmes qui se sont enlevé la vie, de se glisser dans leur peau et leurs habits pour mieux les comprendre. Comment ont-elles pu en arriver là ? Comment la mort est-elle devenue une solution ? Comment la vieillesse est-elle devenue synonyme d’inutilité ? Comment la réussite est-elle devenue une valeur qui supplante toutes les autres ? Des questions qu’il serait impératif de mettre au coeur de nos vies.
 

Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni

Texte et mise en scène : Daria Deflorian et Antonio Tagliarini. Une production de A.D. À l’Espace Go, à l’occasion du Festival TransAmériques, jusqu’au 29 mai et au Théâtre Périscope, à l’occasion du Carrefour international de théâtre, les 2 et 4 juin. En italien avec surtitres français et anglais.

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