Le thé de quatre heures

La comédienne Paule Savard dans la pièce «Les affinités électives»
Photo: Nicola-Frank Vachon La comédienne Paule Savard dans la pièce «Les affinités électives»

Les affinités électives, avant même l’entrée en scène de la comédienne Paule Savard, débutent en déployant le décor parfait. En surplomb du fleuve, la musique de chambre d’un trio à cordes place l’ambiance, les notes raffinées résonnent devant la somptueuse villa du domaine Cataraqui.

Alice, riche femme âgée, nous reçoit pour le thé. Entrant en scène, l’amatrice d’art nous parle rapidement de sa dernière acquisition, une inquiétante masse noire qui a semé la discorde entre elle et son mari. La discorde, aussi, s’est immiscée entre elle et une amie, sur la délicate question des prisonniers politiques : leur torture est-elle admissible ?

On suit ses réflexions préoccupées de femme en marge du monde. Aussitôt entrés dans son univers, toutefois, on a l’impression d’en ressortir aussi rapidement. Car la fin tombe vite, trop : pièce shooter, cinquante minutes à tout casser.

Le plat de résistance…

Et c’est dommage. Parce que le choix de ce texte par le metteur en scène Michel Nadeau puise à une sensibilité pour ce que c’est de vivre aujourd’hui dans le consensus des démocraties capitalistes. La proposition de l’Américain David Adjmi, à bien des égards, vise dans le mille. Alice est cette femme qui, tout à coup, place dans le social une phrase qui ne devrait pas s’y trouver, et l’idée est porteuse.

Dommage, aussi, parce que Paule Savard est extraordinaire. Dans le temps qui lui est imparti, elle parvient à installer une riche complexité. Hésitations microscopiques, sourires en coin, la comédienne d’expérience prend tout son temps sans jamais appuyer quoi que ce soit. On passe l’entièreté de la pièce rivé à son visage, où les riches nuances se succèdent.

Mais on se bute, pour tout dire, à un texte trop concis, dont on est persuadé que l’auteur même aurait su l’approfondir et le déployer. Lorsque Alice développe sur les droits de la personne et qu’on entre dans le vif du sujet, l’argumentaire s’avère sans doute succinct et un peu faible. Tout de même, la table est mise : l’originalité du sujet, le personnage et l’angle intéressant qu’il offrait, une économie dans l’écriture et un lieu tout désigné.

Les éléments sont à vrai dire tous rassemblés, et il y aurait eu moyen de filer cet univers tellement davantage. On garde ainsi le sentiment que beaucoup d’avenues potentielles demeurent inexploitées, comme si la pièce avait joué à la lettre l’idée du thé de quatre heures, nous laissant avec l’impression que le plat de résistance était encore à venir.
 

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Les affinités électives

Texte : David Adjmi. Traduction : Joëlle Bond. Mise en scène : Michel Nadeau. Avec Paule Savard et David Grenier. Une production du Théâtre Niveau Parking, au domaine Cataraqui jusqu’au 5 mai (relâche le lundi et le mardi).