Si Cendrillon m’était contée

«Cendrillon»
Photo: Cici Olsson «Cendrillon»

On s’attendait à être secoué par la lecture que présentait Joël Pommerat du conte Cendrillon, en ouverture du 17e Carrefour international de théâtre. Déstabilisé, peut-être, par l’originalité de cette relecture du conte de Perrault et des frères Grimm.

Or ce n’est pas le cas. Plutôt, il faut dire que la compagnie Louis Brouillard fondée par Joël Pommerat débarque sur les planches de La Bordée avec un univers si clair, si cohérent qu’on en oublie ce qu’on connaît du classique. Les lignes principales sont évidemment reprises, et les clins d’oeil amusés nous les rappellent sans cesse.

On plonge toutefois entièrement dans cette histoire sise dans une maison en verre « moderne », au milieu d’un jardin. Sandra, orpheline de sa mère — c’est le décès de cette dernière qui ouvre la pièce, et qui donne le point focal à la relecture de Pommerat —, est placée devant la tentative de son père mollasson de fonder une nouvelle famille, et tout y est : la marâtre détestable de suffisance, les belles-soeurs horribles de vacuité.

Dans cette production, on est frappé par l’apparente facilité avec laquelle la troupe s’approprie ce récit séculaire pour en faire quelque chose de tout à fait original.

L’art du récit

Au coeur de la réécriture, le personnage de Sandra. Celle-ci finit comme il se doit par attirer notre sympathie, moins pour sa parfaite amabilité cependant que pour ses complexités. Déterminée à ne jamais oublier sa défunte mère, elle porte une montre qui sonne toutes les cinq minutes pour lui rappeler… de se rappeler sa mère. En marge de la jeune fille purement victime de son milieu, on la voit se soumettre de bon coeur à sa nouvelle famille, nourrissant une culpabilité sous-jacente qui insuffle à la pièce une complexité intéressante. Le deuil, bien vite, prend ici l’apparence d’un dos tourné à ce qui pourrait ressembler à la vie.

Cet univers, on y entre surtout grâce à une mécanique remarquable, comme si aucune des forces du théâtre n’avait été omise. Par-delà un art du récit bien mené, capable d’alterner entre sensibilité, humour soutenu et surprises (fée marraine joliment décalée, surprenante livraison de Father Son de Cat Stevens), on baigne dans des éclairages d’une rare qualité. Dans un décor réduit à sa plus simple expression, comme l’intérieur d’une immense boîte à cadeau, se déploient des atmosphères étonnantes d’inventivité. Les ambiances musicales donnent dès le départ profondeur au récit, les transitions sont nettes.

On s’étonne, en somme, de la liberté déployée par l’ensemble. Et nous reste, au final, le plaisir tout simple de s’être fait raconter cette histoire.

 

Consultez tous nos textes sur le Carrefour international de théâtre de Québec (CITQ)

Cendrillon

Texte et mise en scène : Joël Pommerat. Avec Alfredo Cañavate, Noémie Carcaud, Marcella Carrara, Julien Desmet, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Nicolas Nore et Deborah Rouach. Une production du Théâtre national (Bruxelles), au théâtre de la Bordée jusqu’au 26 mai.