Vertige de la ringardise

Geneviève Schmidt et Patrick Hivon n’ont aucune chance de s’en sortir tant le maelström mû par la facilité et la blague graveleuse falote et drabe est puissant.
Photo: David Ospina Geneviève Schmidt et Patrick Hivon n’ont aucune chance de s’en sortir tant le maelström mû par la facilité et la blague graveleuse falote et drabe est puissant.

Le grand avantage avec l’humour bas de gamme, c’est probablement son caractère universel. Peu importe l’endroit du globe où il a été imaginé, assemblé, gossé dans ces lieux communs qui font son terreau, ce comique de l’insignifiance reste définitif, en tout temps, ailleurs comme ici, où l’on tente parfois de le transplanter.

Livrée depuis cette semaine sur les planches du Théâtre du Rideau Vert à Montréal, la comédie bassement romantique Je préfère qu’on reste amis, écrite par l’animateur de télévision français Laurent Ruquier, incarne parfaitement ce travers en exposant pendant près d’une heure et demie le vertige d’une ringardise affligeante. Tout dans cette proposition théâtrale, qui tire cet art vers le bas, pique les yeux en raison de la triste médiocrité qu’elle expose. Même dans un théâtre d’été, une telle oeuvre passerait pour quelque chose d’incongru et de déplacé.

La cause et l’effet forment un tout fatal ! Je préfère qu’on reste amis laisse toutes ses composantes poindre vers le degré zéro de la culture — c’est ce qui en fait justement son caractère universel — avec cette histoire facile d’une fille dans la quarantaine qui, après 5 ans d’amitié avec Jean-Dimitri, se décide à lui déclarer sa flamme. Ça ne va pas se passer comme elle le pensait. Forcément.

Sur cette couche mince, Ruquier pose une comédie sans aucune envergure, sans âme, sans substance, qui ne fait que reprendre les lieux communs habituels des amours impossibles et des quiproquos, en s’appuyant sur des ressorts comiques d’une prévisibilité lamentable, comme d’autres font de la peinture à numéros.

En France, dit-on, la pièce a pris l’affiche en 2014 et a connu deux saisons triomphales. En 2014 ? Elle donne surtout l’impression d’avoir été écrite dans les années 60 et de se chercher dans le registre désormais caduc d’un Louis de Funès ou du trio comique hexagonal Les Charlots, avec leur humour potache passé au « Stabilo », comme on dit en France, pour que tout le monde suive. L’adaptation québécoise convoque, elle, l’esprit d’un Roméo Pérusse ou d’un Gilles Latulippe dans le grotesque suranné qu’ils ont désormais à offrir au présent.

Quelques éléments de comédie musicale ont été ajoutés à cette trame. Quand ils apparaissent sur scène, ils induisent une gêne funeste !

Funeste. Affligeante. Médiocre. Misérable. Insultante pour l’intelligence, cette pièce avance de manière navrante avec ces stigmates dans une mise en scène à l’avenant convenue, comme tout le reste, de Denise Filiatrault, qui signe ici, dit le programme, sa 55e mise en scène en carrière. La chose prend du coup ici les allures de ce petit verre de trop qui rend les lendemains matin regrettables.

Pas mieux pour Geneviève Schmidt et Patrick Hivon, qui, dans cet ensemble plutôt méprisant pour la rigueur, l’originalité, le divertissement et le respect de l’intelligence que l’art vivant devrait normalement cultiver, n’ont aucune chance de s’en sortir tant le maelström mû par la facilité et la blague graveleuse falote et drabe est puissant.

Du coup, le moment le plus agréable de cette pièce reste celui où l’on sort de la salle pour s’éloigner de cet objet qui, à l’image de certains « amis », ne mérite pas mieux que de rester ce mauvais souvenir que l’on se souhaite évanescent !

Je préfère qu’on reste amis

Texte : Laurent Ruquier. Mise en scène : Denise Filiatrault. Avec : Geneviève Schmidt et Patrick Hivon. Théâtre du Rideau Vert, jusqu’au 11 juin, 20 h.