Guy Provost s’éteint à 79 ans

Un autre page de l’histoire culturelle du Québec a été tournée hier avec le décès du comédien Guy Provost, qui a succombé à une pneumonie, à l’hôpital Sacré-Coeur de Montréal. À 79 ans, l’artiste, qui foulé les planches et illuminé les plateaux pendant près de 60 ans, aura profondément marqué le Québec, qui se souviendra longtemps de son Alexis dans Un Homme et son péché et Les Belles Histoires des pays d’en haut.

Homme de théâtre, mais aussi de télévision, un médium qui le fascinait, Guy Provost faisait partie de ces comédiens bénis qui ont su maintenir à flots une carrière florissante sans jamais s’essouffler. Son départ laissera un grand vide au sein de la colonie artistique. «J’ai toujours considéré Guy comme une force de la nature. On le regardait et on se disait que cet homme ne pouvait jamais disparaître», a confié hier le comédien Normand Chouinard. «C’était à la fois un homme près des gens et un homme de grande culture. Il nous donnait beaucoup à apprendre», a ajouté M. Chouinard.
Né à Hull en 1925, Guy Provost a fait ses premiers pas au théâtre sous la houlette de son père, René Provost, directeur-fondateur de l’École d’art dramatique de Hull. En 1946, le père Émile Legault invite le jeune Provost à prendre part aux Compagnons de Saint-Laurent, qui ont, en quelque sorte, donné naissance au théâtre québécois.
En 1948, le comédien s’envole pour le Vieux Continent afin de parfaire son art en France, propulsé par une bourse d’étude du gouvernement québécois. Il jouera à la Comédie de Saint-Étienne pendant deux ans, puis se joindra au Théâtre populaire dirigé par le célèbre Jean Vilar où il fera ses preuves aux côtés de Gérard Philippe et Philippe Noiret. Son passage en sol parisien, ainsi que celui de son épouse, Denise Vachon, sera notamment célébré par le Figaro Littéraire qui louera leur «expérience, leur conscience, leur métier et leur sincérité».

Un acteur prolifique
De retour au Québec, en 1955, les contrats pleuvent. Au petit écran, il incarne l’emphatique père Alexandre dans Les Plouffe, mais c’est au grand écran qu’il rencontrera pour la première fois le personnage qui le rendra si cher aux Québécois, l’Alexis de Claude-Henri Grignon. En 1949, il est du premier long métrage d’Un Homme et son péché. L’année suivante, il est aussi de la seconde mouture intitulée cette fois Séraphin. Au petit écran cependant, c’est Gabriel Gascon qui héritera d’abord du rôle d’Alexis dans Les Belles Histoires des pays d’en haut. Un rôle qui reviendra plus tard à Guy Provost, qui reprendra tout naturellement les gestes du bel Alexis.
Guy Provost aura été l’un des acteurs québécois les plus prolifiques. Sa présence aura littéralement traversé le petit écran, irradiant sans interruption les ondes de sa sombre prestance. De son présent rôle d’anarchiste indécrottable dans Mon Meilleur Ennemi, à Terre Humaine, en passant par Sous un ciel variable, Symphorien, Duplessis ou Le Paradis terrestre, Guy Provost aura partagé les soirées de milliers de Québécois.
Tout aussi impliqué au théâtre, on aura dit de lui, dans les années 50 et 60, qu’il souffrait de «Duceppite aiguë» tant il travaillait. Son magnétisme, sa voix profonde et sa grande écoute en aura fait un partenaire de jeu recherché. Au cinéma, on se souviendra principalement de lui dans Les Ordres, de Michel Brault.
Le comédien aura aussi touché à l’animation, d’abord à la barre de La Vie qui bat, pendant dix ans, puis à la radio, avec Place aux femmes, qu’il a coanimé avec Lise Payette pendant sept ans. Cet horaire chargé ne l’a pas empêché de se consacrer également à la cause de la Fondation du Centre hospitalier de longue durée de Hull, pour laquelle il a déployé de grandes énergies.
La carrière de Guy Provost, considéré comme un roc par le milieu culturel, a été couronnée par de nombreux prix. En 1987, l’Association québécoise des critiques de théâtre lui a décerné le prix de la meilleure interprétation. En 1996, il a reçu le Masque Hommage aux Compagnons de Saint-Laurent de même que le Gémeaux de la meilleure interprétation masculine, un bon coup qu’il a réitéré l’année suivante. En 2003, Adrienne Clarkson l’a nommé officier de l’Ordre du Canada alors que Jean Charest le faisait chevalier de l’Ordre national du Québec la même année.