Dans la grande poésie du petit couple

Xavier Mailleux et Sophie Martin, le couple de «Te tenir contre moi»
Photo: Thibaut Larquey Xavier Mailleux et Sophie Martin, le couple de «Te tenir contre moi»

L’humanité par le couple. L’autopsie de deux pour atteindre tous les autres. Avec Te tenir contre moi —Skin Tight dans sa version originale néo-zélandaise —, le dramaturge Gary Henderson place en observation dramaturgique un homme et une femme pour mieux raconter l’attraction et les rapprochements de tous les autres. Un exercice lumineux dont la traduction française est livrée actuellement sur les planches de la salle intime du Théâtre Prospero à Montréal par le Théâtre L’instant dans un tout magnifique qui laisse cette banalité du quotidien exposer l’extra de son ordinaire.

Que celui — ou celle — qui n’a jamais aimé aussi passionnément, aussi douloureusement leur lance la première pomme ! L’objet dramaturgique a des allures en effet de miroir avec ce couple formé d’Élisabeth et de Tom, qui se racontent, se tiraillent, se chamaillent, s’étreignent et se souviennent d’eux au milieu d’un décor minimaliste composé d’une caisse de pommes et d’une bassine en métal blanc.

Devant un binôme

On pourrait être dans le Drowning by Numbers de Peter Greenaway. On est surtout face à un binôme ressemblant à plein d’autres binômes, placé devant ce genre d’échéances imposées par la vie qui se dessèche et qui force l’exercice de mémoire et d’introspection.

Un fil se fait remonter dans une joute oratoire que tissent habilement les comédiens Sophie Martin et Xavier Mailleux par une incarnation du texte d’Henderson dont ils exultent toute la charge émotive, la complicité, la mise en distance et les rapprochements qu’il faut pour relater une rencontre, une séparation par la guerre, les tracas du quotidien ou encore cette tierce partie nommée Kitty qui semble faire litige.

L’équilibre entre la force des mots simples du texte, la célébration de la banalité de l’histoire d’amour qu’il raconte, et le jeu d’acteurs, qui esquive parfaitement cet appel au voyeurisme que le propos aurait pu induire, donne à l’ensemble cette tonalité harmonique qui s’absorbe, en une heure, comme un fragment d’humanité doux-amer, tendre et rugueux, en apparence si loin, mais finalement très proche…

Te tenir contre moi

Texte de Gary Henderson (traduction : Xavier Mailleux). Mise en scène : André-Marie Coudou. Avec : Sophie Martin et Xavier Mailleux. Théâtre Prospero, jusqu’au 14 mai.