Le journaliste et la tenancière

Marie-Ginette Guay, qui interprète Thérèse Drago dans «Mme G».
Photo: Cath Langlois Marie-Ginette Guay, qui interprète Thérèse Drago dans «Mme G».

Mme G., c’est Thérèse Drago, cette femme qui a tenu pendant près de 40 ans, avenue Cartier, une maison fréquentée par les prostituées, avant d’ouvrir sur René-Lévesque un bar clandestin fameux.

La pièce nous la présente à 83 ans, confinée à son lit dans un demi-sous-sol. On la découvre de la même façon que l’auteur Maxime Beauregard-Martin, qui a obtenu quelques entrevues avec l’ex-propriétaire de la légendaire Grande Hermine. Si on sent vite sa déférence et son désir de faire légende, ce qui nous laissera dans une certaine distance, on découvre tout de même une femme brute (« sans filtre », dira le texte, comme les cigarettes qu’elle enchaine) et fière, attachante, un bel espace pour la sensibilité de Marie-Ginette Guay.

Le premier tiers alterne entre les entretiens et des scènes mémorables qui ont parsemé la vie des deux établissements. On goûte alors, dans un décor feutré — petit bar et tables, cuir, bois, loupiotes — le genre d’ambiance qui pouvait y régner. Puis on revient aux entrevues dans le demi-sous-sol ; la mise en scène de Maryse Lapierre viendra donner ce qu’il faut d’ordre à l’ensemble.

Les trous du récit

Au deuxième tiers, la pièce bascule toutefois vers le récit d’une jeune mère célibataire (Mary-Lee Picknell) imaginée par l’auteur et son entrée dans la prostitution. S’ajouteront de nouveaux personnages, d’anciens clients interviewés par Beauregard-Martin, l’ensemble deviendra confus.

On sent, alors, quelque chose comme la nécessité pour l’auteur de faire récit. Celui-ci n’a pu avoir accès à « Mme G. » autant qu’il l’aurait souhaité, et emprunte mille détours pour arriver à raconter une histoire. Jusqu’à un point où il n’y aura plus que lui et ses échanges angoissés avec son amie Mary-Lee —, échanges dont il faut par ailleurs souligner l’humour drôlement efficace, truffé d’images qui collent. Beauregard-Martin possède une étonnante maîtrise des ressorts comiques, que ses comédiens reprennent avec naturel.

Travail d’écriture

Tout de même, le spectacle se déploie comme si le journaliste avait manqué de jus et qu’il pédalait pour colmater les trous du récit. Ces limites auraient pu mener à un désastre. Or le texte, dans la mesure du possible, en prend acte. Le regard se déplace alors plus nettement vers le travail d’écriture, et vers une mise en scène du processus de création qui ne rechigne pas à l’autodérision. La pièce, au final, trouve ainsi une issue heureuse dans cette mise à nu du bon fils de famille, premier de classe qui sent venir l’échec et peine à trouver un point à son histoire. Un point qu’il trouvera dans le personnage de Mme G., et dans une vitalité qui, peut-être, lui faisait défaut.

Mme G.

Texte : Maxime Beauregard-Martin. Mise en scène : Maryse Lapierre. Avec Maxime Beauregard-Martin, Nicolas Gendron, Marie-Ginette Guay, Patrick Ouellet, Mary-Lee Picknell et Annabelle Pelletier-Legros. Une production On a tué la une !, à Premier Acte jusqu’au 30 avril.