À voir à la télévision le vendredi 13 février - Son royaume pour Shakespeare

Même s'ils ont fière allure, reconnus partout dans le monde et vivant, pour certains du moins, grâce à des revenus princiers, les acteurs américains savent que leur approche «instinctive», camouflant une inculture certaine, se compare difficilement à celle de leurs collègues britanniques. Et quand vient l'heure d'affronter Shakespeare, leurs complexes sont décuplés.

Ce n'est pas mauvais de le savoir en regardant À la recherche de Richard. Al Pacino porte ici plusieurs casquettes — et bien des allures différentes à cause d'un tournage long et morcelé —, celle de réalisateur mais aussi celle de l'acteur qui s'empare de la couronne tachée de sang de Richard III. Il ne s'agit pas, au sens strict, d'une adaptation filmée de la pièce, même si ce documentaire en capte les scènes les plus célèbres et surtout les plus importantes pour comprendre les enjeux et les liens, tortueux, entre les personnages.

Cette «recherche» devient une interrogation active sur la manière de jouer Shakespeare à notre époque, et surtout dans le contexte américain où les spectateurs, du moins ceux interrogés dans la rue par Pacino, n'ont guère une haute estime du créateur d'Othello, de Macbeth et d'Hamlet, le qualifiant, au mieux, de «boring». Le film de la star n'a par contre rien d'ennuyeux; c'est un regard fascinant sur le travail des acteurs, et non les moindres (Kevin Spacey, Winona Ryder, Alec Baldwin, etc.). En parallèle, Pacino sollicite les commentaires distingués et éclairants de Vanessa Redgrave, de Kenneth Branagh, de Derek Jacobi, de même que ceux d'un John Gielgud pince-sans-rire qui invite ses confrères américains à fréquenter davantage les musées avant de s'égarer dans le bruit et la fureur de l'univers de Shakespeare...

À la recherche de Richard

Artv, 22h