Méli’Môme… citoyen

La chorégraphe Estelle Clareton propose «Tendre», un spectacle pour les petits dès quatre ans.
Photo: Méli’Môme La chorégraphe Estelle Clareton propose «Tendre», un spectacle pour les petits dès quatre ans.

La vraie vie rejoint tout le monde ; même les enfants. Et comme le théâtre et la vie semblent plus indissociables que jamais à l’heure de la crise migratoire qui secoue l’Europe, un festival comme Méli’Môme, à Reims, ne peut que s’inspirer, témoigner et participer de la réalité ambiante. Aussi difficile soit-elle…

Voilà ce qui se dégage des propos du vénérable Joël Simon, qui dirige depuis ses touts débuts le festival. C’est dans cette constatation qu’il faut du moins voir l’origine du virage de plus en plus marqué de Méli’Môme vers un public plus « vieux », plus adolescent, plus concerné par la réalité.

Photo: Laurence Labat Jean-Rock Gaudreault présente son «Jouez, Monsieur Molière !». 

Virage ado

« Oui c’est vrai, commente le patron du festival. Notre programmation est cette année moins tournée vers les tout-petits. Probablement parce que nous avons été plus séduits par des propositions fortes s’adressant à un public plus ado, oui. » Pourtant, si l’on se fie aux chiffres, la moitié des 23 spectacles de cette année, 12 en fait, s’adressent à des enfants de moins de six ans ; et cinq d’entre eux ciblent les tout-petits de moins de deux ans. En proportion, cela ressemble beaucoup aux éditions précédentes du festival. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher l’explication.

« Il s’est passé quelque chose de très spécial ici, explique le moustachu directeur. Dans le cadre de Reims Scène d’Europe — un festival hivernal auquel nous participons avec les grandes structures culturelles de la ville —, nous avons fait un carton avec un spectacle s’adressant aux ados. Dans le cadre d’une fausse vraie émission de radio, Radio Live mettait en scène trois jeunes déracinés venant du Liban, de Palestine et de Bosnie-Herzégovine. Les jeunes d’ici ont vraiment été bouleversés par leur témoignage et cette solidarité, ce sens citoyen a, je pense, guidé nos choix en préparant notre 27e édition. » Depuis cet électrochoc, Méli’Môme a décidé de parrainer à Reims deux classes de collège regroupant des étudiants d’une bonne trentaine de nationalités dans le cadre du projet national InterClass.

Ce virage ado est une surprise. Du moins pour les habitués du festival, qui trouvent d’abord ici depuis 15 ans des spectacles destinés aux bébés. « Il y a encore plusieurs productions remarquables pour les tout-petits, reprend Joël Simon. Dont ce merveilleux spectacle autrichien qui s’adresse aux moins de deux ans [Spiegelspiele]tout comme Mon lit est un bateau d’André Parisot qui est cette année une des grandes figures du festival avec sa très belle exposition rassemblant des tonnes d’objets étranges qu’il a construits pour ses spectacles. Comme toujours, donc, tous les jeunes publics sont importants pour nous. Mais cette année, disons que l’accent est plus mis du côté des plus vieux… Cela correspond peut-être au nouveau souffle, au nouvel élan qui anime toute l’équipe de Méli’Môme depuis que nous sommes installés dans nos nouveaux locaux, au Cellier. »

Des surprises de taille

Nova Villa, l’association qui organise Méli’Môme et une foule d’autres événements touchant les jeunes publics — Semaine de la petite enfance, Week-end bébés, M’auteurs, etc. — est donc maintenant installée au centre-ville de Reims, au Cellier. L’ancienne maison des champagnes Jacquart compte un étage de bureaux et deux salles de spectacle qui accueilleront d’ailleurs cinq productions, une exposition et plusieurs rencontres durant toute la durée du festival.

Cette 27e édition fera une grande place à l’Europe puisqu’on y verra des spectacles allemand, autrichien, belge, néerlandais et tchèque. L’apport étranger est complété par deux productions québécoises : Jean-Rock Gaudreault y présente son Jouez, Monsieur Molière !, mis en scène par Jacynthe Potvin, et la chorégraphe Estelle Clareton propose Tendre, un spectacle pour les petits dès quatre ans.

Selon Joël Simon, plusieurs surprises de taille sont au menu du festival. « Pour la première fois dans un festival jeunes publics, poursuit-il, on pourra voir une trilogie en 24 heures. La compagnie Loba d’Annabelle Sargent, une ancienne stagiaire OFQJ-Méli’Môme, présente en rafale un spectacle pour toute la famille : d’abord Bottes de princes et bigoudis, suivi de P.P. les petits cailloux puis de Le roi des rats. C’est un de nos coups de coeur. Tout comme le spectacle néerlandais Expedition Peter Pan, dans lequel des cadres d’entreprise se mettent à délirer et à jouer comme des gamins. Comme Berbéris aussi, dont le festival a soutenu la création. Et le plus récent travail de Christian Duchange, Sous l’armure, qui en étonnera plusieurs. »

Bref, Méli’Môme a beau changer de local et même d’angle d’attaque, c’est toujours un festival qui poursuit le but qu’il s’est fixé dès sa création : changer le monde.

Michel Bélair est à Reims à l’invitation du festival Méli’Môme.

Méli’Môme

Du 18 mars au 2 avril