Carrés rouges et soleils jaunes

Olivier Lépine dans l’«Architecture du printemps»
Photo: Cath Langlois Photographe Olivier Lépine dans l’«Architecture du printemps»

Reclus et presque ermite, un jeune documentariste (Olivier Lépine, qui signe l’interprétation, le texte et la mise en scène), vit dans ses boîtes et panse ses plaies après une séparation, entre deux bouteilles d’alcool. Petit à petit, les manifestations qui secouent le Québec le mèneront à sortir de chez lui et de sa torpeur. Un projet de documentaire sur la fin de vie du peintre Vincent Van Gogh, dans un même mouvement, le tirera hors du pays, à la recherche de lumière.

Spectacle solo sur fond de quête intime, Architecture du printemps présente d’étonnantes ressemblances avec S’aimer, à l’affiche du Périscope, mais également avec certains solos de début de carrière de Robert Lepage, notamment Vinci. Londres et l’Italie, sur les traces de l’inventeur florentin, sont remplacés par les Pays-Bas et la Provence, sur la piste du peintre aux Tournesols. Mais c’est également ici la rupture amoureuse qui déclenche la création.

Vers le Sud

Les premières scènes voient se succéder, non sans une certaine confusion, coups de feu et extraits de lettre de Vincent Van Gogh. La léthargie initiale du documentariste, exposée de façon parfois trop ample, concourt à un début hésitant. Il faut un moment avant que le texte trouve son erre d’aller, laissant toute la place à Olivier Lépine, multiforme et émouvant, pour déployer ses talents de jeu et son humour. Il incarne avec aplomb tous les rôles, prenant la casquette d’un chef de police mesuré aussi bien que les lunettes d’un conservateur de musée succulent — sans être cabotin. Ingénieusement modulable, la scène s’illumine des projections d’oeuvres du peintre néerlandais et réserve de belles surprises.

En trame de fond, les événements du printemps érable annoncent le thème de la renaissance. S’ils servent la progression du récit, ils ne semblent toutefois, au final, liés au vécu du personnage que de façon imprécise, on en tire somme toute peu de sève. En trame de fond également, les dernières lettres de Van Gogh apportent des segments plus denses, mais là encore le lien avec le vécu du personnage peine parfois à s’imposer.

Néanmoins, il faut bien admettre que la quête trouve son chemin et que le voyage, ponctué de scènes d’apparence banale, finit par nous embarquer. À force de tours et de détours, la pièce crée une brèche, ouvrant un vaste espace pour un vécu intime difficile à mettre en mots, qui trouve ici un puissant véhicule, et livre une mise en scène convaincante du chemin que doit emprunter la lumière.

Architecture du printemps

Texte, mise en scène et interprétation : Olivier Lépine. Création et conception : Josué Beaucage, Philippe Lessard Drolet, Sara Lazzaroni, Julie Lévesque, Annabelle Pelletier-Legros, Maxime Perron, Alexandra Royer. Une production Portrait-Robot, à Premier Acte jusqu’au 2 avril.