Les bons sentiments

Nadine Jean et Monique Spaziani dans «Sans obligation d’achat»
Photo: Jeff Malo Nadine Jean et Monique Spaziani dans «Sans obligation d’achat»

Le vénérable Américain Israël Horovitz est l’auteur de quelque 70 pièces, une oeuvre traduite en 30 langues, jouée off-Broadway et très diffusée en France, dit-on. De cet imposant corpus, peu de textes sont parvenus jusqu’aux scènes montréalaises — citons Très chère Mathilde, présentée chez Duceppe il y a une décennie. Et ce n’est hélas pas avec la courte pièce Sans obligation d’achat que l’on pourra comprendre les motifs de son succès.

Dans un intérieur bourgeois de Greenwich Village, une Anglaise distinguée (Monique Spaziani) et une jeune Afro-Américaine (Nadine Jean) prennent le thé, inconnues réunies par un prétexte plutôt fumeux, et vite écarté : une assurance à vendre. Leur small talk malaisé se transforme en confidences à coeur ouvert sur leur vie, leur famille, la maladie incurable de Roselle. Il sera aussi beaucoup question de l’enfant que celle-ci a adopté il y a neuf ans. Et pour cause : c’est Heather qui l’a abandonné sur le seuil de sa porte, finit-on par révéler…

Bons sentiments

Entre celle qui lui a donné la vie, et l’autre qui a veillé sur son existence jour après jour, qui est la mère légitime ? Ce « débat » éthique sera très vite évacué, de même que tout conflit potentiel — sauf pour un soudain débordement d’émotions, un virage qui paraît très abrupt dans le spectacle —, au profit d’un dénouement consensuel. Et, disons-le, mélodramatique. C’est là un récit plein de bons sentiments.

Et, la révélation étant très tardive, l’essentiel du texte consiste dans l’échange amical entre ces deux femmes a priori très différentes. Un dialogue qui paraît dévoiler des sujets fort personnels, mais qui masque plutôt les vrais motifs de la rencontre, où en réalité on tourne autour du pot, évitant longtemps la question centrale.

Là où on devrait peut-être sentir, sous leurs rapports un peu empruntés, tout ce non-dit qui couve, il me semble que le spectacle dirigé par Alain Zouvi reste surtout à la surface d’une conversation d’apparence réaliste. Avec pour résultat que le dialogue — dont la traduction n’est pas attribuée — sonne surtout faux, porté par le jeu rigide de Nadine Jean et l’interprétation un peu précieuse de Monique Spaziani, pourtant une comédienne généralement touchante.

L’apport d’images vidéo en ouverture (jolies silhouettes d’enfants) ne suffit pas vraiment à moderniser la facture conventionnelle du spectacle, qui, dans son décor vieillot, paraît nous ramener à une forme théâtrale d’une autre époque.

Sans obligation d’achat

Texte : Israël Horovitz. Mise en scène : Alain Zouvi. Production : Les Écorchés Vifs. Jusqu’au 19 mars, au Théâtre Prospero.