Le sérieux au vestiaire

Dans la pièce «C’est une femme du monde», les personnages de Patrick Ouellet et Olivier Normand cherchent l’un et l’autre à tromper leur maîtresse respective.
Photo: Nicola-Frank Vachon Dans la pièce «C’est une femme du monde», les personnages de Patrick Ouellet et Olivier Normand cherchent l’un et l’autre à tromper leur maîtresse respective.

Le spectacle Feydeau présente un collage de textes de l’auteur français Georges Feydeau, le « maître du vaudeville ». Place au théâtre de boulevard et au divertissement, dans une soirée qui fait la part belle aux quiproquos et au comique de situation.

Précision importante d’entrée de jeu : ce sera au public, chaque soir, d’établir la programmation, dans un ordre aléatoire qui laissera les comédiens sur le qui-vive. Au final, deux textes plus courts alterneront avec deux textes de durée moyenne.

Lors de la première médiatique, Amour et piano ouvrait le bal : un puceau de province, croyant entrer chez une courtisane parisienne, aboutit par mégarde chez une jeune fille qui, elle, attend son nouveau professeur de piano. Là où l’un évoque les mélodies de l’amour, sa vis-à-vis s’en tient à celles du quatrième art ; la porte est dès lors grand ouverte aux doubles sens, dont le texte, amusant, fait son miel.

Second tour de piste : C’est une femme du monde. Un client de cabinet privé envisage de tromper sa maîtresse avec une « femme du monde » ; surgit un vieil ami, qui lui révèle avoir le même plan de soirée. Bien sûr, la proposition demeure légère et on pressent une partie de l’issue, mais la mécanique est habile et livrée avec précision. On trouvera même, dans cette confrontation biscornue où chaque courtisane cherche à se montrer plus « femme du monde » que l’autre, un surplus d’âme dans la critique en passant des bonnes moeurs.

Après l’entracte

La deuxième partie, toutefois, nous aura paru plus faible. Malgré certains personnages plus grossièrement habités, les comédiens n’avaient rien perdu de leur présence, la précision de la mise en scène de Jacques Leblanc non plus. Ce qui nous laisse devant la conclusion que certains textes retenus étaient visiblement plus faibles. Dans Un bain de ménage, où une domestique tente de profiter de la baignoire de sa maîtresse, les enjeux semblaient moins palpables et la progression, plus hâtive.

Idem avec Dormez, je le veux !, le morceau final dans lequel un valet hypnotise son maître en vue de lui confier les sales tâches ; surviennent alors la fiancée du maître et le père de celle-ci, lui-même docteur ès hypnotisme. Cette situation rocambolesque donnera bien lieu à un épique combat de regards entre Olivier Normand et Bertrand Alain, à une belle présence scénique de Patrick Ouellet, mais encore là, nos attentes peinent à lever. On n’escompte pas un dénouement dans un sens plus que dans l’autre, et on se bute à la limite, peut-être, d’une situation trop alambiquée.

Feydeau

Textes : Georges Feydeau. Mise en scène : Jacques Leblanc. Avec Bertrand Alain, Sophie Dion, Chantal Dupuis, Olivier Normand, Patrick Ouellet et Monika Pilon. À La Bordée jusqu’au 26 mars.