Établir une connexion

Maude Guérin et Étienne Pilon sont tout simplement poignants dans «Après», de Serge Boucher.
Photo: Valérie Remise Maude Guérin et Étienne Pilon sont tout simplement poignants dans «Après», de Serge Boucher.

La nouvelle pièce de Serge Boucher aborde un fait réel et actuel dans ce qu’il peut avoir de plus intemporel, de plus viscéral, de plus terriblement humain. Bien entendu, pendant les 90 minutes que dure Après, le quasi-huis clos mis en scène par René Richard Cyr, on ne cesse de penser aux gestes odieux qui ont été commis par Guy Turcotte, mais la réflexion sur l’infanticide, tabou suprême, est plus vaste, dotée de résonances intimes aussi bien que collectives.

Il faut commencer par se réjouir du retour au théâtre d’un auteur qu’on croyait avoir définitivement perdu au profit de la télévision. Après avoir scénarisé Aveux et Apparences, des séries hautement plébiscitées, Serge Boucher renoue, pour notre plus grand bonheur, avec la scène. Cela dit, la nouvelle pièce est légèrement différente de celles qui l’ont précédée. On y retrouve toujours cette manière incomparable d’aller vers l’essentiel en multipliant les détours, mais l’auteur se prive des logorrhées qui ont fait sa marque, optant pour une retenue qui lui vient peut-être, justement, de son passage par la télévision.

Dans une chambre d’hôpital, René Richard Cyr et ses concepteurs ont orchestré avec autant de minutie que de sensibilité l’apprivoisement entre le patient et l’infirmière, un rituel de reconnaissance dans lequel Étienne Pilon et Maude Guérin sont tout simplement poignants. Lui, autrefois ingénieur, autrefois père, n’est plus aux yeux du monde qu’un meurtrier, celui de ses jumeaux. Elle, professionnelle de la santé, solitaire, attachée à sa routine, ressent du dégoût, puis de l’empathie. Entre cet homme, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, et cette femme, qui ne demande qu’à vivre, une connexion va s’établir, une sorte de rédemption va survenir.

Vous aurez compris que la pièce est un face-à-face éminemment tragique, de ceux qui expriment la complexité de la nature humaine, les antagonismes qui nous constituent, qui innervent notre civilisation depuis au moins la Grèce antique. On sait bien (ou on croit savoir) que les êtres humains sont plus d’une chose à la fois, qu’ils contiennent le bien et le mal, la bienveillance et la rage, l’amour et la vengeance, mais on continue certainement d’avoir besoin de l’art, et tout particulièrement du théâtre, pour nous le rappeler.

Après

Texte : Serge Boucher. Mise en scène : René Richard Cyr. Au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 19 mars.