Oeuvre hybride pour un métis

La mécanique narrative de la pièce reposant sur des personnages en carton finit par laisser son caractère divertissant atteindre les lisières du loufoque.
Photo: Sabrina Reeves La mécanique narrative de la pièce reposant sur des personnages en carton finit par laisser son caractère divertissant atteindre les lisières du loufoque.

On imagine très bien l’objet sur la scène d’un auditorium de cégep ou encore dans la salle multimédia d’un centre d’interprétation historique géré par Parcs Canada, quelque part dans le Nord-Ouest canadien. Mais non, c’est plutôt sur les planches des Scènes contemporaines La Chapelle à Montréal que ce Louis Riel : une bande dessinée théâtrale a fait son apparition cette semaine. Comme un cheveu sur une soupe aux pois.

L’objet hybride s’inspire de la bande dessinée Louis Riel : A Comic-Strip (Drawn and Quarterly), prix Harvey du meilleur écrivain, que le bédéiste montréalais Chester Brown a mis au monde en 2003. Il en livre surtout une adaptation un peu trop didactique, dangereusement concise et qui, avec sa mécanique narrative reposant sur des personnages en carton, finit par laisser son caractère divertissant atteindre les lisières du loufoque.

Le père fondateur du Manitoba, chef rebelle du peuple métis des Prairies et figure historique de la désobéissance civile aurait sans doute mérité mieux que ce curriculum vitae en accéléré nourri par des marionnettes statiques et qui revient sur sa double insurrection, sa résistance et son incursion dans la mégalomanie en restant sur les fragments des grandes lignes de cette histoire. Ici avec un petit commentaire entre résistants au fort Garry, là avec un surlignage à peine subtil de la collusion entre John A. Macdonald, premier ministre du Canada, et les grands patrons de la Compagnie de la Baie d’Hudson, au mépris des intérêts des populations locales.

Cette transposition d’une bande dessinée en pièce de théâtre, un exercice hautement périlleux, aurait pu exploiter la poésie du récit de Brown, la finesse de sa mise en perspective d’une politique de l’intérêt privé sur le dos du bien commun, la solitude de ces leaders charismatiques qui laissent une cause, aussi noble puisse-t-elle être, s’emparer de leur petite personne.

Mais non, on reste ici dans le premier degré, dans ce ton un peu trop académique qui prend rapidement le dessus de cette production qui fait se succéder, dans un cadre posé sur la scène, sa frénésie de personnages historiques. Au final, ce feu roulant, rondement mené par une distribution qui ne manque pas de souffle, a le mérite, comme on dit avant un examen, de faire un rappel des connaissances, à défaut de livrer mieux.

Louis Riel : Une bande dessinée théâtrale

Mise en scène : Zach Fraser. Avec Charles Bender, Jimmy Blais, Anne Lalancette, Jon Lachlan Stewart et Cat Lemieux. Scènes contemporaines. La Chapelle, jusqu’au 5 mars.