Théâtre jeunes publics - Dans le sable coulant du souvenir

Les coproductions entre le Québec, l'Acadie et la Belgique sont si rares qu'il ne faut surtout pas se gêner pour les saluer. Encore moins lorsqu'il s'agit d'un spectacle aussi riche que La Petite Ombre qu'on pourra voir encore ce week-end à la toute fin d'un trop rapide passage à la Maison Théâtre. Présentée d'abord au festival Coups de théâtre 2003, la production réussit à conjuguer trois sources d'inspiration — et aussi trois façons d'aborder le théâtre jeunes publics — en une puissante évocation où la maison des souvenirs, les bateaux fantômes, la mer et les dunes de sable sont au centre d'un touchant rendez-vous avec le passé.

Au départ, l'histoire est simple: un homme, Daniel (Bertrand Dugas), revient à la maison de son enfance pour constater qu'elle va bientôt être avalée par le sable tout autant que par la mer. Irrécupérable, la maison. Sauf qu'en faisant de la place aux souvenirs qui se mettent à remonter, il y rencontre aussi une partie de lui — un Daniel beaucoup plus jeune merveilleusement rendu par Karen de Paduwa — qui attend toujours le retour de son père disparu en mer.

Tout cela est raconté par trois personnages (les deux Daniel et la mère jouée avec sobriété par Claire Normand) qui inscrivent devant nous, dans le sable coulant du souvenir, la trace profonde d'une absence. À partir aussi de petits objets que seul Bernard Chemin réussit à faire bouger de façon aussi signifiante, d'éclairages exceptionnels rendant des climats d'intimité et d'intensité diverses et d'un plateau hydraulique ingénieux se transformant en une multitude d'espaces pour mieux nous faire saisir ce que Daniel a pu laisser de souvenirs dans cette maison. La Petite Ombre est une étonnante évocation, à tous points de vue.

Les enfants qui remplissaient la Maison Théâtre, lorsque j'y suis passé en début de semaine, ont été complètement séduits par le spectacle au point d'accorder trois séries de rappels particulièrement nourris. Habituellement, c'est un signe qui ne trompe pas...