Éric-Emmanuel Schmitt sur scène à Montréal

« C’est un hasard qui m’a propulsé sur scène », assure Éric-Emmanuel Schmitt, qui joue dans la pièce tirée de son roman.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir « C’est un hasard qui m’a propulsé sur scène », assure Éric-Emmanuel Schmitt, qui joue dans la pièce tirée de son roman.

Le jour des derniers attentats de Paris, en novembre, Éric-Emmanuel Schmitt était sur scène à Jonzac, en France, pour jouer Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, une pièce sur la tolérance mettant en scène un enfant juif et un épicier musulman. Le lendemain, alors que le gouvernement français avait fait annuler toutes les représentations théâtrales, le maire de Jonzac autorise Schmitt à remonter sur scène pour une supplémentaire, pour présenter cette pièce sur la tolérance entre les religions. « Il a dit que c’était une pièce qui nous montrait le monde tel qu’il devrait être et non comme veulent nous l’imposer des intégristes de tous poils », raconte Schmitt en entrevue.

De passage à Montréal cette semaine, Schmitt montera de nouveau sur scène, les 19 et 20 février, à la salle Pierre-Mercure, pour jouer cette pièce écrite en 1999. Et il reviendra cet automne la présenter en tournée aux quatre coins du Québec.

Éric-Emmanuel Schmitt n’a pourtant pas l’habitude de monter sur scène. Il a d’abord joué cette pièce pour la première fois pour remplacer le comédien Francis Lalanne, « qui jouait la pièce à Paris mais qui ne pouvait pas assurer toutes les dates. C’est un hasard qui m’a propulsé sur scène », dit-il.

Pourtant, Schmitt, qui est d’abord et avant tout philosophe et écrivain, ne souhaite pas jouer au théâtre trop souvent. « Parce que quand je joue, je n’arrive pas à écrire. » Et c’est bien pour connaître le Québec, où des membres de sa parenté sont installés, qu’il a accepté de donner cette tournée dans 23 villes québécoises à partir de novembre 2016.

« J’ai l’intention d’écrire un journal du Québec », dit le prolifique auteur, ajoutant que ce journal pourrait être publié « s’il est bon ».

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est donc l’histoire d’un jeune garçon juif, Momo, et de sa relation avec un épicier musulman. La pièce est faite d’un monologue de Momo devenu adulte, qui se remémore sa vie. Le livre a d’abord été conçu dans le cadre de la série du Cycle de l’invisible, une série de six romans de Schmitt portant sur les religions.

« J’aime entrer dans les religions par la petite porte du mysticisme », dit-il. Il a abordé par exemple la religion musulmane par le biais du soufisme. « Dans Monsieur Ibrahim, je parle des fleurs du Coran. Pour moi, il n’y a pas de livre, il n’y a que des lectures. C’est la lecture qui fait le livre. On peut avoir une lecture qui rend un livre merveilleux et une lecture qui rend un livre atroce, en l’occurrence le Coran. Et il y a des fleurs dans le Coran de M. Ibrahim, des fleurs séchées. C’est-à-dire qu’il y a une lecture du Coran qui en fait un grand livre de sagesse et de poésie mystique. »

Le contexte sociopolitique a par ailleurs changé depuis la première parution du livre. « En 1999, quand j’ai publié, il y avait une islamophobie diffuse en France. Mais il n’y avait pas cette double virulence, c’est-à-dire d’un côté l’islamisme, et de l’autre un anti-islamisme violent », dit-il en entrevue.

Ce même livre est par ailleurs détesté, dit-il, autant par les intégristes musulmans que, en France, par le Front national. « Souvent, lorsque je joue au théâtre, on me met sous une double surveillance », dit-il.

Ayant grandi athée dans un milieu athée, Schmitt affirme avoir découvert la foi après s’être perdu dans le désert du Sahara. C’est ce qu’il raconte dans son dernier roman, La nuit de feu, paru chez Albin Michel. C’est après cette révélation qu’il entreprend le Cycle de l’invisible, qui témoigne de son intérêt pour différentes religions.

Actuellement, il travaille sur un ouvrage sur le radicalisme islamiste en Belgique, pour lequel il a entre autres rencontré des parents de jeunes radicalisés partis combattre en Syrie.