Le lent «strip-tease» du FTA

Louise Lecavalier laisse émerger dans sa deuxième pièce le personnage du Chevalier inexistant, d’Italo Calvino. Elle est en duo avec Robert Abubo (à droite sur la photo).
Photo: André Cornellier Louise Lecavalier laisse émerger dans sa deuxième pièce le personnage du Chevalier inexistant, d’Italo Calvino. Elle est en duo avec Robert Abubo (à droite sur la photo).

Les diffuseurs de spectacle, depuis quelques années, se sont mis à annoncer leurs programmations au compte-gouttes. Dans l’espoir de faire parler d’eux un peu plus, de vendre peut-être un peu plus de billets, voilà que certains annoncent un seul spectacle des mois avant de dévoiler l’ensemble de leur choix. Puis trois autres spectacles sont dévoilés, et le tout parcimonieusement. Effet de suspens, de marketing, ou pure dilution ? Laissons les analystes des communications répondre, en nous attardant plutôt sur une de ces gouttes, produite par le Festival TransAmériques (FTA), alors que l’important festival des arts vivants poursuit ce lent strip-tease par lequel il finira, à terme, par dévoiler entièrement sa prochaine programmation…

On savait déjà que l’iconoclaste et souvent controversé Roméo Castellucci serait dans ce cadre de retour pour une cinquième fois au Québec. Sur le concept du visage du fils de Dieu, en 2012, aura laissé sur les spectateurs des souvenirs olfactifs indélébiles, avec ses odeurs de merde qui disaient, par la puanteur, une tristesse certaine d’être humain. Le créateur italien revient avec Go Down, Moses, où, annonce-t-on, il questionnera Dieu par l’art.

Si Louise Lecavalier n’a plus besoin de présentation comme danseuse, connue pour sa presque surhumaine rapidité, sa vélocité et sa force de travail, elle est encore toute neuve comme chorégraphe. Après So Blue, elle s’attaque, à 57 ans, à sa deuxième pièce : Mille batailles. Lecavalier — patronyme oblige ? — s’inspire du roman d’Italo Calvino Le chevalier inexistant. La créatrice expliquait en conférence de presse avoir été fortement marquée par ce « personnage sans corps », elle pour qui son corps de danseuse « peut être parfois comme une armure ». En duo avec Robert Abubo.

Un autre habitué

Denis Marleau est, comme Lecavalier, un habitué du FTA. Il revient, en équipe, entouré du dramaturge Normand Chaurette, de la dramaturge Stéphanie Jasmin et du compositeur Dominique Pauwels. L’autre hiver réimaginera, de façon très éloignée de la réalité historique, un épisode de la vie de Verlaine et Rimbaud. Presque un opéra, où les rôles des monstres sacrés poétiques sont tenus, décalage intrigant, par deux chanteuses (Lieselot De Wilde et Marion Tassou).

Le grand continental, de Sylvain Émard, faisait danser les quidams place des Festivals en 2009 et 2010. L’an dernier, Eun-me Ahn lâchait le swing d’irrésistibles grands-mères coréennes dans Dancing Grandmothers. Le FTA poursuivra son exercice de démocratisation de la danse et de gommage des virtuosités avec Gala, du Français Jérome Bel, où un grand groupe de Montréalais invités — danseurs professionnels, enfants, retraités, handicapés, corps de tout cru — défilera sur scène, chacun ayant son moment de gloire, imité avec plus ou moins de succès par les autres. Sera-ce contagieux ? Cette pièce sera aussi du 17e Carrefour international de théâtre de Québec, présentée le 31 mai et le 1er juin.

Un assemblage, en arts vivants plutôt qu’en arts visuels ? C’est l’impression que laissait la présentation d’Une île flottante/Das Weisse vom Ei, où le metteur en scène allemand Christoph Marthaler part d’une pièce… d’Eugène Labiche, maître du vaudeville, pour surfer sur les genres et les manières théâtrales. Lazzis ici, opérette là, distorsion du temps et des tons sur tout le prisme « du théâtre d’été au butô », selon le directeur artistique Martin Faucher, Marthaler nourrit l’ironie de tous bois. La pièce inaugurera le FTA, qui se déroulera à Montréal du 26 mai au 8 juin. En attendant le reste de la programmation…