L’enfance de l’art

Dans les robes de Lolita, Isabelle Blais joue et chante avec nuance, incarne à merveille les idéaux de la révolution sociale et artistique qui est en marche.
Photo: Gunther Gamper Dans les robes de Lolita, Isabelle Blais joue et chante avec nuance, incarne à merveille les idéaux de la révolution sociale et artistique qui est en marche.

Difficile d’imaginer plus beau sujet que les années de formation de Luis Buñuel, Salvador Dalí et Federico Garcia Lorca dans la Madrid effervescente du début des années 20. On trouve dans Le miel est plus doux que le sang un poignant croisement entre l’art, l’amitié, l’amour et la politique, de quoi inspirer des générations de jeunes gens en quête d’un sens à leur existence. Pas de doute, 21 ans après sa création, la pièce initiatique de Simone Chartrand et Philippe Soldevila n’a rien perdu de sa pertinence et de son charme.

Avec ce spectacle, première mise en scène de Catherine Vidal au théâtre Denise-Pelletier, premier grand plateau pour cette créatrice douée, Claude Poissant, nouveau directeur artistique de la maison, entreprend de s’adresser aux adolescents en des termes plus viscéraux que ses prédécesseurs. Dans les interactions de Buñuel, Dalí et Lorca, dans leurs rencontres avec Lolita, muse séduisante et militante, toujours on entend la conviction de ceux à qui le monde appartient, les désirs irrépressibles, les paradoxes qui entraînent de la rage à l’émerveillement, de l’égoïsme à la soif de justice, de la naïveté au désespoir. L’action a beau se dérouler entre 1919 et 1923, c’est aux jeunes de notre époque que le spectacle s’adresse sans ambages.

Avec Geneviève Lizotte (scénographie) et Alexandre Pilon-Guay (éclairages), Vidal a donné naissance à un cabaret imaginaire, un lieu qui évoque à la fois la résidence pour étudiants, les boîtes de nuit où se réunissent les comparses, mais aussi, et peut-être même surtout, les esprits en pleine ébullition des trois créateurs en devenir. Sur cette scène, le réalisme est magique, le quotidien, délicieusement surréaliste. Les personnages surgissent et disparaissent. Les tableaux fascinent. Les surfaces réfléchissent. Les idées fusent et les mots passionnent. Il arrive même qu’un éléphant passe par là.

La distribution est pour beaucoup dans le dynamisme du spectacle. Dans les robes de Lolita, Isabelle Blais joue et chante avec nuance, incarne à merveille les idéaux de la révolution sociale et artistique qui est en marche. Dans la peau de Dalí, Simon Lacroix est irrésistible. Il n’a pas encore ouvert la bouche que la douce folie du peintre est déjà palpable. En Buñuel, à même de laisser entrevoir la grande sensibilité derrière la rustrerie, François Bernier est fort émouvant. Dans le complet de Lorca, tiré à quatre épingles, leste et précis, Renaud Lacelle-Bourdon exprime tout naturellement la grandeur d’âme du poète.

Le miel est plus doux que le sang

Texte : Simone Chartrand et Philippe Soldevila. Mise en scène : Catherine Vidal. Au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 27 février.