Élémentaire, cher public

L’histoire devient prétexte à un jeu farfelu avec la théâtralité.
Photo: Juno Photo L’histoire devient prétexte à un jeu farfelu avec la théâtralité.

Ce Sherlock Holmes n’a pas grand-chose à voir avec les réincarnations récentes du célèbre détective à la grosse pipe au cinéma ou au petit écran. La rationalité prend joyeusement le bord dans cette adaptation britannique facétieuse du plus connu des romans de Sir Arthur Conan Doyle. Sherlock Holmes et le chien des Baskerville favorise une veine parodique et s’ingénie moins à raconter une énigme policière qu’à démystifier le théâtre lui-même. C’est un grand jeu qui s’établit avec la connivence du public.

L’essentiel n’est donc plus le mystère entourant les apparitions d’un monstrueux canidé sur la lande anglaise, ni comment Holmes et son acolyte vont découvrir celui qui tente d’assassiner ce gentil benêt de Lord Baskerville (Étienne Pilon). Le spectacle caricature sans vergogne le récit : la vilenie du meurtrier crève tout de suite les yeux, les déguisements ne tromperaient pas un enfant, et la pièce ridiculise à fond l’éternel second couteau du détective, le pauvre docteur Watson (impayable Philippe Robert), qui se révèle d’une stupidité sans nom (on pense presque aux Dupont et Dupond…).

Le clou de la pièce

Surtout, cette histoire qui utilisait déjà le déguisement devient prétexte à un jeu farfelu avec la théâtralité, où trois comédiens se transforment en 15 personnages, où l’on s’amuse de la fausseté des accessoires et où la représentation est interrompue par une série de décrochages. Le clou de la pièce survient ainsi lorsque les acteurs, se sentant obligés de recommencer le récit depuis le début, condensent l’intrigue en quelques minutes…

Le metteur en scène, Frédéric Bélanger, mène la production du Théâtre Advienne que pourra avec précision, dynamisme et avec son ludisme coutumier. Dans la scénographie de Francis Farley Lemieux, la porte encadrée par deux escaliers — et surmontée d’une grosse pleine lune pour l’atmosphère — devient une véritable boîte à surprises dont surgissent les acteurs. Le spectacle, bien sûr, repose avant tout sur les prouesses physiques et de composition caricaturale du trio, chacun maîtrisant le ton voulu. François-Simon Poirier, surtout, accomplit des exploits de démultiplication, passant du méchant à l’hilarante beauté latino-américaine, à une cadence essoufflante.

Bref, je ne sais pas ce que les puristes de Sherlock Holmes penseraient de ce divertissement loufoque, mais cette amatrice de théâtre ci n’a pas boudé son plaisir…

Sherlock Holmes et le chien des Baskerville

Texte : Sir Arthur Conan Doyle. Adaptation : Steven Canny et John Nicholson. Mise en scène : Frédéric Bélanger. Jusqu’au 19 décembre, à la Salle Fred-Barry. En supplémentaire le 16 janvier.