Vaudeville à la scandinave

«Bientôt viendra le temps», étrange comédie dramatique de la Danoise Line Knutzon
Photo: Marie-Claude Hamel «Bientôt viendra le temps», étrange comédie dramatique de la Danoise Line Knutzon

Le décor donne franchement l’impression d’avoir été monté à grands coups de clé Allen métrique après avoir été acheté chez Ikea. On pourrait même lui donner un nom : Kallax, dans toutes ses géométries disponibles en magasin. Et c’est sans doute la seule chose un peu normale et plutôt cohérente dans Bientôt viendra le temps, étrange comédie dramatique de la Danoise Line Knutzon, que le Théâtre de l’Opsis, dans son exploration qui s’amorce de la dramaturgie scandinave, livre actuellement sur les planches de l’Espace Go à Montréal. Étrange et délicieuse à la fois.

Tout est en décalage dans ce récit complètement surréaliste qui confronte deux couples en perdition dans un espace-temps improbable. Il y a Ingrid et Hilbert, qui conjuguent leur « nous » au temps de la distance et d’une froideur à la tonalité un tantinet luthérienne. Il y a John et Rebekka, détachés par l’excès de leurs détachements respectifs et leur fragilité quant à leur propre condition. Le quatuor est magnifiquement incarné par Catherine Proulx-Lemay, précise dans son évanescence, Pierre-François Legendre, surprenant en mari pragmatique et persistant, Daniel Parent, pétillant dans sa naïveté, et Caroline Bouchard, déstabilisante dans son instabilité.

Autopsie des relations

Dans le conformisme d’un intérieur façon classe moyenne supérieure à la décoration homogène, il pourrait être question de l’usure du temps qui peut parfois s’installer dans une relation et de l’aveuglement volontaire qui nourrit ces éloignements, que l’on finit par s’imposer l’un à côté de l’autre. Mais c’est surtout une autopsie des relations par un humour à l’absurde habilement retenu qui va doucement se révéler au fil de confrontations loufoques qui laissent entrer par cette fenêtre dramaturgique un petit vent frais revigorant.

Il y a dans l’air comme l’esprit d’un Arto Paasilinna, ce romancier finlandais venant lui aussi du froid qui manie la satire sociale et l’introspection de la condition humaine avec le même genre de comique en apparence contenu. Voir : son Lièvre de Vatanen (Denoël). Un peu aussi de Jannicke Systad Jacobsen, réalisatrice norvégienne qui nous a donné en 2011 la comédie savoureuse carburant au grotesque Turn Me On. Parce que parfois, quand il n’y a rien de plus à dire, pourquoi ne pas faire des liens ?

En somme, Bientôt viendra le temps ne revendique pas grand-chose, si ce n’est cette curiosité nécessaire vers la dramaturgie de l’autre, la fréquentation d’un ailleurs narratif comme source d’ouverture d’esprit, de création et d’inspiration, ce qui en fait du coup un temps culturel plutôt sympathique à côtoyer.

Bientôt viendra le temps

Texte : Line Knutzon. Traduction : Catherine Lise Dubost. Mise en scène : Luce Pelletier. Avec : Caroline Bouchard, Ann-Catherine Choquette, Pierre-François Legendre, Daniel Parent, Catherine Proulx-Lemay et Adèle Reinhardt. Espace Go, jusqu’au 12 décembre.