Théâtre - Retour des Trois Soeurs chez Premier Acte

La compagnie Les Trois Soeurs avait connu un franc succès, en 1997, avec sa première production, Inventaires de Philippe Minyana. Montée à l'époque avec les conseils précieux de Robert Lepage, la pièce a été reprise à maintes occasions ces dernières années, et on envisage encore de faire de nouvelles tournées. En choisissant, pour leur deuxième production, un autre texte de l'auteur qui avait fait leur succès, les Trois Soeurs (Sylvie Cantin, Marie-Josée Bastien et Érika Gagnon) ont fait dans la prudence. Malheureusement, les inévitables comparaisons entre les deux pièces ne donnent pas l'avantage à leur nouveau projet théâtral.

Inventaires était construite à partir des monologues de trois Parisiennes qui racontaient l'épisode qui avait marqué leur vie en nous présentant un objet qui le symbolisait. Tour à tour tristes et rigolotes, ces femmes se révélaient surtout très humaines, réelles, très proches des spectateurs. Le charme opérait.

On retrouve dans Chambres les monologues tendres et imagés de Minyana, mais sous un jour beaucoup plus sombre et dramatique que dans Inventaires. Il y a d'abord Kos (Bertrand Alain) qui se tord de tristesse devant la mort d'un frère, Élizabeth (Érika Gagnon), aux rêves pathétiques de Miss France, Arlette (Marie-Josée Bastien), la femme brisée par les hommes et enfin Tita (Denise Gagnon), une vieille dame déchirée par une jeunesse empoisonnée.

Pour sa première mise en scène, la comédienne Sylvie Cantin a fait dans la simplicité, probablement par choix comme par manque de moyens. Les quatre personnages s'expriment chacun leur tour, sans quitter le coin de scène qui leur sert en quelque sorte de chambre. Comme dans Inventaires, ils conservent près d'eux un objet qui symbolise leur drame existentiel. Le minimalisme a l'avantage de donner toute la place aux interprètes. Il est ainsi possible aux spectateurs d'imaginer eux-mêmes le décor et l'ambiance des histoires qui leur sont contées. Mais on a voulu ajouter certains effets qui s'intègrent mal à l'ensemble, notamment à la scénographie et aux éclairages. Ainsi, les longs fils qui tombent du plafond et les déchets qui parsèment le sol donnent à l'espace entre les chambres une dimension énigmatique qui n'est jamais mise en lien avec le texte. On est également dérangé par la musique utilisée quelque peu malhabilement pour marquer les moments intenses des monologues.

Bref, en général, ça manque de liant, mais la chose est en partie pardonnée par les interprétations. Prises avec un texte sans didascalies et presque dénué de ponctuation, les Trois Soeurs ont quand même réussi à faire exister leurs personnages. Bravo en particulier à Marie-Josée Bastien pour ses silences qui parlaient autant, sinon plus que ses paroles et félicitations à Denise Gagnon pour son jeu tout en retenue et en nuances. On avait l'impression qu'un feu brûlait en elle.