Perdu dans sa dramaturgie du chaos

«Voiture américaine», sur un texte de Catherine Léger mis en scène par Philippe Lambert.
Photo: Marie-Claude Hamel «Voiture américaine», sur un texte de Catherine Léger mis en scène par Philippe Lambert.

Provoquer le chaos, faire s’écrouler les cadres et les repères pour mieux observer l’humanité cherchant alors à s’en sortir : voilà le chemin dramaturgique emprunté par l’auteure Catherine Léger dans Voiture américaine, oeuvre dense et percutante présentée en grande première mardi soir à La Licorne de Montréal, et sur lequel, malheureusement, elle finit un peu par se perdre.

Ce n’est pas la faute de la distribution, qui, dans ce véhicule narratif, pendant plus d’une heure, donne impeccablement corps à un texte tout en fragments qui décrypte la complexité et la violence des rapports humains, particulièrement lorsqu’ils s’inscrivent dans des environnements où le manque, le rationnement, les clivages, l’absence d’espoir, les abus se sont durablement installés.

Sur cette terre brûlée, on croise une vieille qui a le monopole du commerce des quelques rares biens essentiels, un magnat de l’alcool taciturne craint de tous, une mariée confrontée à son abnégation, des esprits serviles et d’autres qui cherchent à s’évader comme ils le peuvent, peut-être au volant d’une… voiture américaine.

Satire de la soumission

Satire violente de la soumission dans ses formes variées — à un homme, à l’essence, au dieu Argent, à la domination des riches… —, critique se voulant mordante de l’indifférence, de l’indolence et de l’individualisme, cette autopsie de quelques figures du mal qui rongent le présent et pourrissent un peu les interrelations sociales peine toutefois à convaincre et à émouvoir en restant un peu trop sur la surface de ses propres revendications et de ses mises en caricature des dérives ambiantes. Face à la dureté du propos, la compassion n’arrive pas à émerger. Les dents n’arrivent pas à grincer non plus. Même en se forçant.

La mécanique de l’oeuvre expose très bien ses assemblages complexes, mais, à l’usage, donne l’impression de gripper. Les courbes de la carrosserie annoncent une certaine finesse, mais convoquent surtout l’indifférence lorsqu’on laisse passer sa main dessus. Un peu comme si cette voiture américaine s’était trompée de carburant à la pompe pour pouvoir rouler correctement.

Voiture américaine

Texte : Catherine Léger. Mise en scène : Philippe Lambert. Avec : Amélie Bonenfant, Sébastien Dodge, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin et Simon Rousseau. Théâtre La Licorne, jusqu’au 17 octobre.