La venue au monde

«L’éveil» est une création résolument hybride.
Photo: Daniel Richard «L’éveil» est une création résolument hybride.

Au centre d’un espace gazonné, quelques vêtements d’enfants — des habits de neige — forment un cercle. Entre alors un premier comédien, songeur : « Je me suis réveillé un matin, et j’avais 32 ans… » On plonge immédiatement dans le passé, le spectacle se fera à coups de tableaux : l’amitié pleine de promesses et les premiers départs, les premières ivresses, les passions fortes.

Puisant à la danse autant qu’au théâtre, la création du chorégraphe Harold Rhéaume et de la metteure en scène Marie-Josée Bastien alterne chorégraphies et passages joués. Certains dialogues, se limitant à la saynète et visant l’humour, auront pour inconvénient de poser une distance avec le sujet. L’écriture par ailleurs reste colorée, truffée d’images, riche.

Pièce pour trois comédiens et trois danseurs, L’éveil est une création résolument hybride. Sur ce point, il faut aussi nommer le travail soigné à la vidéo (Eliot Laprise) qui, sur un écran en fond de scène, vient ajouter une ligne au récit. Plus qu’un support, il y a là un réel travail vers le thème.

Faire corps

Dans l’ensemble, il restera difficile de chasser l’idée que le spectacle tire dans beaucoup de directions. Librement inspiré de L’éveil du printemps de Frank Wedekind, il juxtapose les tableaux sans que s’en dégage tout à fait l’unité d’un regard fort.

Certains passages sont splendides, dont une séquence intimiste sur piano et cordes insistantes qui présente la beauté d’une rencontre, la douceur, l’espoir prometteur. Et l’abandon, aussi. On trouve la note juste, c’est alors l’entièreté du dispositif — lumières tamisées, musique habile et gestuelle patiente des deux comédiens — qui y concourt. Idem quand surviennent les égarements en ville, la découverte des turbulences citadines, la désorientation. L’ensemble du dispositif — gestuelle syncopée, sono industrielle, vidéo agitée —, à nouveau, concourt à créer des portraits forts.

Plusieurs segments peinent néanmoins à représenter aussi bien les années d’éveil, à en extraire la moelle. On cherchera alors du côté du texte qui,à force d’idéaliser l’enfance en masque quelques traits, autant que du côté de la chorégraphie qui, sincère, arrive parfois mal à s’imposer. Souvent, c’est d’ailleurs la belle composition sonore de Josué Beaucage qui guidera notre émotion, ce qui nous laissera avec le sentiment que l’ensemble pourrait faire corps encore davantage.

L’éveil

Texte : Marie-Josée Bastien et Steve Gagnon. Mise en scène : Marie-Josée Bastien. Chorégraphie : Harold Rhéaume. Avec Jean-François Duke, Gabriel Fournier, Odile-Amélie Peters, André Robillard, Claudiane Ruelland et Ariane Voineau. Une coproduction Le fils d’Adrien danse et Théâtre Les Enfants Terribles, présenté par le Théâtre Périscope et La Rotonde, au Périscope jusqu’au 10 octobre.