De l’importance du pantalon

France Castel et René Gagnon dans «Monsieur chasse!»
Photo: François Laplante Delagrave France Castel et René Gagnon dans «Monsieur chasse!»

Pour sa rentrée, le Théâtre du Rideau Vert mise sur une valeur sûre du divertissement : le brillant vaudevilliste Feydeau. Valeur autant plus éprouvée que Denise Filiatrault avait déjà monté Monsieur chasse ! pour le Festival Juste Pour rire, en 1999, avec le même duo vedette : Carl Béchard et Diane Lavallée.

A priori, on pourrait penser que ce passage des ans a pour effet de rendre les ébats et les pitreries de ces personnages volages encore plus ridicules (ah, le démon de midi !). Le temps, en tout cas, n’a pas eu d’impact sur leur énergie. Au contraire, la mise en scène est très physique (même les changements de décor, assez rapides, entre les actes sont accompagnés de « steppettes ».) Et la valse-hésitation des amants potentiels joués par Lavallée et Béchard tient véritablement de la danse par moments. Un pas de deux enlevé qui suscite une bonne part des effets comiques. On ne surprendra personne en notant que le surdoué comédien, notamment, livre une performance déchaînée, qui met en valeur son langage corporel.

Créée en 1892, Monsieur chasse ! est la pièce grâce à laquelle l’auteur précoce de Tailleur pour dames avait renoué avec le succès. Comme toujours, Feydeau y raille un petit monde bourgeois incestueux (les infidélités se pratiquent dans un cercle d’amis assez restreint), volage et menteur. Le point de départ rappelle celui du Dindon : madame consent à succomber aux avances d’un séducteur lorsqu’elle découvre que son mari (René Gagnon, que, sauf erreur, on n’avait pas vu sur une scène depuis plusieurs années), sous couvert d’aller à la chasse, la trompe avec l’épouse de son ami (Jacques Girard, savoureux en naïf à l’« assent » méridional). C’est sans compter sur ces malencontreux hasards qui font en sorte que les personnages surgissent toujours aux moments les plus inopportuns…

S’ensuit un deuxième acte passablement burlesque, avec pour bonus un numéro de chant mettant en vedette une France Castel à la forte présence en comtesse déchue. Mais à ces scènes où l’on s’agite beaucoup et où il m’a semblé voir peut-être moins de précision sans faille que d’énergie bondissante, j’ai préféré le troisième acte, là où tous les fils de l’intrigue savamment échafaudée par Feydeau trouvent leur aboutissement. Il y est question, pour l’essentiel, d’un pantalon… Il est vrai que les costumes hauts en couleur conçus par le vétéran costumier François Barbeau ne passent pas inaperçus.

Monsieur chasse !

Texte : Georges Feydeau. Mise en scène : Denise Filiatrault. Au Théâtre du Rideau Vert, jusqu’au 10 octobre.