Les psychanalyses d’un conte de fées


Monia Chokri dans le décor cryptique de «Peepshow»
Photo: Caroline Laberge Monia Chokri dans le décor cryptique de «Peepshow»

Le psychologue américain Bruno Bettelheim avait habilement décodé les histoires de peur à l’attention des enfants dans un bouquin publié en 1976 et devenu culte depuis dans les milieux de la pédagogie : The Uses of Enchantment.

Plus loin dans le temps et ailleurs dans l’espace, la dramaturge Marie Brassard marche un peu sur les pas du bonhomme, en cherchant toutefois, elle, à extraire l’esthétique et la poésie, de l’autopsie étrange d’un conte de fées, chose qu’elle finit par atteindre remarquablement dans Peepshow, pièce actuellement montée sur les planches d’Espace Go.

L’objet s’attrape autant avec l’angoisse, le trouble que la fascination en partant, pendant plus d’une heure trente, avec cette naïveté de circonstance, à la rencontre de toutes ces figures du loup qu’une femme peut croiser dans sa vie amoureuse, dans ses rencontres charnelles, dans ses exercices de lutte contre la solitude et appréhension de l’autre. Un effeuillage des sentiments humains que l’auteur avait livré seule sur scène en 2005, à Montréal, avant de le faire voyager ailleurs : Toronto, Vancouver, Calgary…

Pour cette reprise, 10 ans plus tard, la créatrice cède ce solo à la comédienne Monia Chokri, toute en élégance dans cette interprétation schizophrénique d’une série de proies et de leurs prédateurs dans des contextes sociaux idoines : le bar, la rue la nuit, l’appartement d’un inconnu, le bois…

Voix électroniquement modifiée, décor cryptique, tonalité sonore éthérée… la scénographie impose rapidement cet univers introspectif dans lequel une femme va raconter ses peurs, celles qui la paralysent, celles qui la font fuir, celles qui l’invitent à l’abandon, celles qui l’attirent, maladivement.

Entre phrasé didactique et complexité de la psyché humaine, le texte impose, lui, une mécanique implacable, ce ton, ce style qui font généralement ces sous-bois, la nuit, inquiétants, ces arbres à contre lune donnant l’impression d’être vivant, ces bruissements qui tétanisent. Des environnements morbides en somme, semblant convoquer la mort, mais qui, à l’image de ce Peepshow, font surtout ressortir la vie et cette incroyable urgence d’en profiter, lorsqu’on surmonte nos peurs pour les affronter.

Peepshow

Texte et mise en scène : Marie Brassard. Avec Monia Chokri. Espace Go, jusqu’au 10 octobre.