Le pouvoir pacificateur de la culture

Sa pièce, il a choisi de la présenter dans un français ni québécois ni tout à fait parisien: «international»?
Photo: Hélène Bouffard Sa pièce, il a choisi de la présenter dans un français ni québécois ni tout à fait parisien: «international»?

Dans Le Dieu du carnage, l’auteure française Yasmina Reza met aux prises deux couples parisiens, l’un recevant l’autre chez soi pour régler à l’amiable — c’est du moins l’intention — un litige de cour d’école entre leurs fils respectifs. Au-delà des civilités, la table est mise pour une cinglante confrontation.

Marie-Josée Bastien propose une femme d’affaires qui transpire la névrose et lutte pour taire son irritation, jusqu’à ce que son corps prenne le relais et décide de parler pour elle. Elle sera la première à craquer, là où son mari (Hugues Frenette), un avocat cynique mais sans aigreur, demande seulement qu’on le laisse tranquille.

Jonathan Gagnon incarne pour sa part un homme de peu d’envergure, sans initiative, alors que sa conjointe, une « citoyenne du monde » — c’est son mari qui, avec une dérision subite, finira par la désigner ainsi — pilote avec acharnement les discussions en vue de parvenir à une entente raisonnable entre gens cultivés. Championne du « pouvoir pacificateur de la culture », elle sera vite déboutée. Véronika Makdissi-Warren lui offre un jeu habilement retenu et fort apprécié, dans un spectacle qui ne se fait pas prier pour jouer gros et souligner le gag.

Un point de langue

 

La langue est un sujet épineux, le metteur en scène Michel Nadeau le sait bien. Sa pièce, il a choisi de la présenter dans un français ni québécois ni tout à fait parisien : « international » ? Cette décision introduit un décalage. Celui-ci se résorbe peu à peu, grâce notamment à une mise en scène dynamique et maîtrisée. Le Dieu du carnage du Théâtre Niveau Parking est un concentré de 75 minutes sans temps mort et les personnages finissent par s’imposer. On se demande néanmoins ce qu’aurait été le spectacle présenté dans une langue moins improbable.

Il est aussi difficile aussi de chasser l’idée que cette production lorgnait étrangement du côté du théâtre d’été. Le texte de Reza, qui n’exclut aucunement le comique, possède pourtant une profonde portée dramatique. Les conversations se veulent civilisées, mais le vernis craque, et la pièce orchestre une lente fracture du lien social. Les joutes verbales intelligemment ficelées ont de quoi transcender la comédie de situation, fortes d’un propos acide sur la culture et les conventions sociales. Le traitement, ici, demeure toutefois très léger et, à trop souligner le comique, on finit par noyer le propos. Comme si on avait pris le parti de rire plutôt que de se regarder.

Le Dieu du carnage

Texte de Yasmina Reza, mise en scène de Michel Nadeau avec Marie-Josée Bastien, Hughes Frenette, Jonathan Gagnon et Véronika Makdissi-Warren. Une coproduction du Théâtre Niveau Parking et du Théâtre du Trident, au Trident, à Québec, jusqu’au 10 octobre.

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