Théâtre jeunes publics - Diffusion massive

On a chaque fois l'impression de se répéter: préparer un papier de rentrée en théâtre jeunes publics, c'est avant tout parler de la richesse, du «huilé» et de la diversité d'un milieu arrivé à pleine maturité. Ce sont des mots qui décrivaient bien la situation il y a un an ou deux... et c'est encore le même constat qui s'impose au moment où s'amorce la deuxième partie de la saison. Quelqu'un voudrait-il s'en plaindre?

Surtout qu'en y regardant d'un peu plus près, la programmation des grands centres comme des «tourneurs de spectacles» en région permet de constater qu'on en est à l'étape de la diffusion massive des valeurs sûres. Et qu'un peu partout on a déjà mis en place des moyens de stimuler la création et la relève: cela prend la forme d'un concours de création comme à la Maison Théâtre — qui accueillera son millionième spectateur au cours du week-end — ou encore de résidence d'auteurs ou de compagnies dans les grands lieux de diffusion. Mais regardons tout cela en détail...

Audaces

À la Maison Théâtre d'abord, on aura droit à une deuxième moitié de saison fort chargée avec sept spectacles touchant toute la gamme des publics. Les plus vieux (à compter de neuf ans en fait) se voient d'abord offrir un classique, un véritable cadeau: L'Histoire de l'oie de Michel-Marc Bouchard dans la mise en scène de Daniel Meilleur, du Théâtre des Deux Mondes (jusqu'au 25 janvier). Il y a déjà presque 15 ans que ce petit bijou d'audace fait le tour du monde et il faut absolument voir en quoi ce spectacle aussi ludique que difficile a révolutionné le théâtre jeunes publics. Un peu plus tard, du 17 mars au 4 avril, ce sont les plus jeunes (les enfants de quatre à huit ans) qui auront la chance de voir un autre classique: La Bonne Femme de Jasmine Dubé dans la mise en scène de Martin Faucher. Là aussi, le spectacle est une autre belle occasion de se rendre compte de la force d'impact du théâtre sur les enfants.

Ce n'est évidemment pas tout. Deux créations fort attendues sont à l'affiche: L'Eau, là, de la compagnie française Agitez le bestiaire — que j'ai raté de justesse à Reims l'an dernier —, s'adresse aux tout-petits dès trois ans (du 29 avril au 16 mai) et À nous deux!, la plus récente production du Théâtre de l'Avant-Pays, un suspense humoristico-philosophique de Joël da Silva (du 11 février au 14 mars). Saluons le retour aussi de L'Ogrelet de Suzanne Lebeau, du Carrousel (pour les 5 à

10 ans, du 7 au 25 avril) et deux pièces qu'on a vues au dernier festival Coups de théâtre: La Petite Ombre, une coproduction du Théâtre populaire d'Acadie et du Théâtre du Papyrus (pour les 7 à 11 ans, du 28 janvier au 8 février) et l'excellent Deux pas vers les étoiles de Jean-Rock Gaudreault (pour les 8 à 12 ans, du 19 au 31 mai).

À Québec, du côté des Gros Becs, on a droit aussi à une saison chargée. Une création d'abord, la toute récente Moi, moi, moi du DynamO Théâtre (pour les 8 à 12 ans, du 21 janvier au 1er février) qu'on souhaite voir renouer ici avec l'énergie qui nous avait valu Mur mur. Puis des valeurs sûres comme ces deux spectacles du Théâtre de Sable, qui célèbre son dixième anniversaire: Le Rêve de Pinocchio (pour les 4 à 8 ans, du 24 février au 12 mars) et Contes du temps qui passe (pour les 4 à 8 ans, du 14 au 30 avril). On complète la saison avec un des tout premiers textes de Suzanne Lebeau, Une lune entre deux maisons, produit par le Théâtre les Lucioles (pour les 3 à 6 ans, du 23 au 28 mars), le tout dernier spectacle du Clou, Romances et karaoké (du 17 au

20 mars) et la visite de la compagnie Agitez le bestiaire avec son L'Eau, là, du 20 au 23 mai.

En périphérie, du côté de la Maison des arts de Laval et de l'Arrière Scène à Beloeil, on ne chômera pas non plus. À l'Arrière Scène d'abord, un diffuseur-producteur de plus en plus actif, on a misé sur la création. Dès le 25 janvier, les tout-petits (les 3 à 8 ans) pourront voir La Crise, la dernière production du Théâtre Motus — qui nous avait donné Nombril — et, plus tard, à la toute fin du mois de mai, L'Eau, là, qui poursuit sa tournée. Les enfants de 7 à 12 ans auront par ailleurs droit à La Petite Ombre, dès le 15 février, puis à La Librairie, la pièce toute neuve de Marie-Josée Bastien, produite par le Théâtre du Gros Mécano. Les ados, eux, pourront assister à Romances et karaoké dès le 10 mars.

À Laval, beaucoup d'activité aussi. Signalons entre autres le retour de Comme les 5 doigts de la main, de la compagnie de danse-théâtre Bouge de là (du 8 au 13 février, pour les 4 à 10 ans). Et de deux spectacles à se tordre de rire: NWOLC du Théâtre de l'Aubergine (pour les 5 à 12 ans, du 29 février au 5 mars) et Capitaine Horibifabulo des Ventrebleus (pour les 7 à 12 ans, du 28 mars au 1er avril). Emma, du Théâtre du P'tit Loup, sera aussi présenté durant la semaine de la petite enfance, du

14 au 19 mars, et le remarquable Mémoire vive, du Théâtre des Deux Mondes (dès 9 ans, du 18 au 20 mai), viendra clore la saison.

Il faut encore une fois passer trop vite sur la diffusion en région où L'Aventure T continue, pour la quinzième année déjà, à jouer son rôle de tourneur de spectacles; on en est déjà à plus de 600 000 spectateurs touchés par les productions circulant dans le réseau qui regroupe les régions de Lanaudière, de la Montérégie, des Laurentides et de l'Outaouais. Cette année encore, on retrouvera sur ce circuit la grande majorité des spectacles dont on vient de faire l'énumération... et même plus puisque certaines grandes pointures (Petit Pierre du Carrousel, La Félicité du Théâtre de l'Îil, Contes-gouttes du Théâtre des Confettis et Le Bain du Théâtre Bouches décousues) tournent encore.

Par contre, s'il fallait vous recommander, malgré l'embarras du choix, deux spectacles à ne rater sous aucun prétexte, il faudrait y aller avec L'Histoire de l'oie, à la Maison Théâtre, et La Couturière, la toute nouvelle production de Jasmine Dubé et de son TBD, qui vient de prendre l'affiche de l'American Can Co. Voilà. Bon spectacle!