Théâtre - Une nouvelle génération s'impose

Du Jarry de Frédéric Dubois aux nouvelles pièces d'Isabelle Hubert et Philippe Soldevila, la programmation des compagnies de la Vieille Capitale atteste d'un réel renouvellement du paysage théâtral. Au Trident, c'est à un metteur en scène émergent, Antoine Laprise, qu'on a confié la tâche d'ouvrir la saison avec La Bonne Âme de Setchouan de Bertolt Brecht. Suivra en mars Turcaret, un vaudeville de l'auteur du XVIIe siècle Alain-René Lesage, mis en scène par Michel Nadeau. Enfin, Claude Poissant débarquera de Montréal en avril pour diriger Aux portes du royaume de l'auteur norvégien Knut Hamsun. Dans ce texte, le Prix Nobel de littérature 1920 décrit l'obsession maladive d'un jeune auteur pour son écriture.

Le Périscope a l'habitude d'accorder une grande place aux nouveaux auteurs dans sa programmation mais les choix de cette saison sont particulièrement aguichants. En janvier, Gill Champagne et le Théâtre blanc reprennent Le Désir de Gobi de Suzie Bastien, présenté à Montréal en 2000. En février, ce sera au tour du jeune comédien Hugues Frenette de mettre en scène Appuyer sur l'étoile de Christian Vézina, qui nous avait livré une touchante rencontre avec l'univers de Gérald Godin l'automne dernier. En mars, il ne faudra surtout pas manquer Anarquista!, la nouvelle pièce du duo Philippe Soldevila-Simone Chartrand, qui avaient fait sensation avec Le miel est plus doux que le sang. Soldevila se chargera de la mise en scène de cette histoire d'anarchistes espagnols durant les années 20. Le théâtre de la rue Crémazie recevra par la suite la production montréalaise Howie le Rookie de Mark O'Rowe avant de clore la saison avec Jacinthe Rioux, 609, Saint-Gabriel, de l'auteure de Québec Isabelle Hubert, dont le texte Boudin, révolte et camembert avait charmé en 2001.

La Bordée lance sa saison 2004 en présentant de nouveaux Contes urbains avec des textes d'Yvan Bienvenue, Hugo Fleury, Bernard Grondin, Monelle Guertin, Robert Marinier et Anne-Marie Olivier. Le plat de résistance de la saison sera sans contredit Ubu roi à la fin janvier. Pour réveiller le chef-d'oeuvre d'Alfred Jarry, La Bordée a fait appel au metteur en scène Frédéric Dubois, auquel on doit plusieurs grands moments de théâtre depuis son apparition, il y a trois ans, avec la production Zazie dans le métro. On verra ensuite Without Men! (Ah ouain!) de Pierre-Yves Lemieux, l'homme derrière l'adaptation, au TNM, de Tristan et Yseult, qui sera présentée à la salle Albert-Rousseau en février. Avec, comme point de départ, la question «peut-on réaliser un projet d'envergure sans homme?», on peut s'attendre à ce que la réflexion sur l'état du féminisme proposée par Without men! (Ah ouain!) fasse quelques vagues...

Chez Premier Acte, la saison débute avec le retour du Théâtre des Trois Soeurs de Sylvie Cantin, Marie-Josée Bastien et Érica Gagnon et la pièce Chambres de Philippe Minyana. De beaux numéros d'actrices sont à prévoir. Février fera place à deux spectacles multidisciplinaires. Le premier, Les Suzes de Brakchita, entend célébrer l'univers de l'auteur Claude Gauvreau tandis que le second, La Puissance des lieux - Formes 5, propose une incursion dans les univers littéraires de Luc Lecompte et André Roy. Dans un tout autre style, le théâtre de la rue Salaberry offre, en mars, L'Autre et Gretchen, les deux nouvelles productions de la compagnie de marionnettes Pupulus Mordicus. En avril, la compagnie du théâtre des Insomniaques propose L'histoire des ours pandas racontée par un saxophoniste qui a une petite amie à Francfort, de Matéi Visniec. Finalement, en mai, Premier Acte laisse ses portes ouvertes à la relève avec Satie, agacerie en tête de bois, qui avait beaucoup impressionné au Périscope lors de son passage à la Série Carte Blanche.

Bien sûr, ce n'est pas tout. Mai nous ramènera le Carrefour international de théâtre. Puis, n'oublions pas que toute relève a sa relève. Il faudra donc tenir compte des productions du Conservatoire de Québec: un Molière, un Pierre Morency (!) et une autre mise en scène d'Antoine Laprise. Et comme si ce n'était pas assez, on peut s'attendre à de belles surprises de la part des Treize, à l'Université Laval.