Tar’ta gueule à la récré

Dans «Septembre», la dramaturge Évelyne de la Chenelière est seule sur scène.
Photo: Marlène Gélineau Payette Dans «Septembre», la dramaturge Évelyne de la Chenelière est seule sur scène.

Déconcertant ! Quelque part vers le milieu de la pièce Septembre, actuellement présentée à l’Espace libre de Montréal, la dramaturge Évelyne de la Chenelière, seule sur scène depuis le début, se met tout d’un coup à chanter, a cappella. Les mots sont simples. Le quotidien visité par les paroles est d’une banalité affligeante. Du sous-Linda Lemay interprété par une immense comédienne. Pouach !

Et pourtant…

La ritournelle, loin de trancher dans cette proposition dramaturgique au titre de circonstance, nourrit sa densité qui depuis le début se dévoile par fragments, comme une succession de post-it décollés lentement de leur accrétion pour mieux effeuiller le tout qu’ils contiennent : une métaphore fine, sensible et vibrante de la condition humaine, de l’enfance, du rapport à la mère et de l’angoisse de la séparation vus par le prisme d’une cour de récréation, au moment de la rentrée scolaire.

Concision et précision

« Tar’ta gueule à la récré », chantait Souchon dans J’ai dix ans ! Dans cette galerie de gueules d’enfants, d’appels à la maison pour aller chercher une fille au secrétariat parce qu’elle aurait mal au ventre et autres événements fabulés — la soumission d’une femme à un groupe de bums, un drame collectif percutant vécu dans l’enceinte d’une d’école —, une certaine langueur, un temps qui en donne parfois un peu trop au silence et à la parole, pourrait agacer. Mais la concision et la précision d’un texte puissant, qui trouve dans l’interprétation toute en élégance d’Évelyne de la Chenelière l’équilibre et l’intelligence qui lui revient, font rapidement disparaître l’irritant.

Confronté à ce Septembre, le spectateur se retrouve au final un peu face à lui-même, à ses propres appréhensions, douleurs de l’être et du paraître induites par une mécanique sociale qui parfois chagrine et qu’une cour de récréation peut froidement, sournoisement mettre en relief.

Dur ? En douceur surtout, aidé par la délicatesse d’une comédienne et d’un jeu qui exprime les nuances, comme nul autre, mais également par une mise en scène futée comme un bon joueur de ballon chasseur, signée Daniel Brière, et qui dans son minimalisme arrive à faire émerger une charge évocatrice aussi étonnante que troublante.

La rentrée scolaire évoquée ici a la poésie qui atténue la violence qu’elle raconte. Elle porte aussi au spectateur ce redoutable coup de poing dans le ventre sans trop lui laisser la chance de le voir venir.

Septembre

Texte et interprétation : Évelyne de la Chenelière. Mise en scène : Daniel Brière. Espace libre, jusqu’au 3 octobre, 19 h ou 20 h.