Au beau milieu de nulle part

Jean-Philippe Lehoux et Sarah Laurendeau
Photo: David Ospina Jean-Philippe Lehoux et Sarah Laurendeau

La normalité n’existe pas. C’est-à-dire que tout ce qui peut paraître banal, commun, ou même ennuyant ne l’est pas vraiment. Pas quand on trouve le courage de s’aventurer plus loin que la surface, celui de poser son regard et ses valises au-delà des apparences. À vrai dire, l’humanité a toujours un secret à révéler, une singularité à exprimer, un paradoxe à déployer. C’est le genre de réflexions qu’on se fait après avoir assisté à Normal, le fort réjouissant spectacle que l’auteur et comédien Jean-Philippe Lehoux présente ces jours-ci à la Petite Licorne.

Honnêtement, après avoir goûté la truculence de Napoléon voyage, d’ailleurs présenté en reprise à travers le Québec dès octobre, après avoir apprécié le sens inné de l’observation, la grande vivacité d’esprit et l’irrésistible propension pour l’autodérision, on se demandait bien comment Lehoux allait s’y prendre pour renouveler la formule. Parce qu’il faut bien admettre que le nouveau spectacle s’inscrit dans le droit prolongement du premier. Tout d’abord parce qu’on y retrouve le même héros, alter ego de l’auteur, attachant globe-trotter d’une timidité maladive. Ensuite, parce que Lehoux est à nouveau secondé, cette fois par la désopilante Sarah Laurendeau, à la fois narratrice, DJ et conscience du personnage principal. Finalement, parce que le metteur en scène Philippe Lambert a usé à nouveau d’un arsenal de solutions aussi modestes qu’ingénieuses pour nous faire voyager en grand.

Non seulement le nouvel opus autobiographique de Lehoux est doté de la même fraîcheur que le précédent, mais on se surprend en sortant de la salle à imaginer notre héros à la conquête de nouveaux territoires. Alors que Napoléon voyage nous entraînait en Bosnie, en Angleterre, au Japon et en Norvège, Normal nous fait découvrir… Normal, une ville de l’Illinois qui porte bien son nom. C’est du moins ce que croit le voyageur jusqu’à ce qu’il parvienne à entrer dans la vie quotidienne des habitants, des êtres humains pas du tout ordinaires.

La démarche de Lehoux est riche en ce sens qu’elle est à la fois divertissante, émouvante, souvent très drôle, mais aussi, et peut-être même surtout, parce qu’elle tient de la sociologie du voyage. En parcourant les rues de Normal, en entrant dans les commerces, les maisons, les bars et les églises, en visitant le groupe de discussions libertariennes, les tailgates de football collégial, les messes baptistes ou évangélistes et les soirées open-mic, l’auteur et comédien, qui n’hésite d’ailleurs pas à citer Barthes et Foucault, en apprend autant sur la nature complexe de l’Homo americanus que sur sa propre personne. Vivement la suite.

Normal

Texte : Jean-Philippe Lehoux. Mise en scène : Philippe Lambert. Une production du Théâtre Hors Taxes. À la Petite Licorne jusqu’au 25 septembre.