Deux hommes et une mère porteuse

L’acte illégal de la gestation pour autrui rémunérée nourri par l’urgence de la famille expose ses différents visages humains dans «On va se faire des enfants».
Photo: Hugo B. Lefort L’acte illégal de la gestation pour autrui rémunérée nourri par l’urgence de la famille expose ses différents visages humains dans «On va se faire des enfants».

Ne tournons pas autour de l’ovule ! On va se faire des enfants, pièce de théâtre présentée jeudi soir en lecture publique dans le cadre du festival Zone HoMa à Montréal prend sans doute un peu trop de temps à chercher, puis à trouver sa chute. Mais le chemin parcouru pour en arriver là n’est pas inintéressant pour autant.

C’est à cause, et en partie, du sujet, la gestation pour autrui, qui fait battre le petit coeur de cette création, écrite et mise en scène par Louis-Philippe Tremblay. Deux gars en couple, un pragmatique affairiste et un musicien massothérapeute aux cordes sensibles, veulent un enfant. Magdalena, elle, Sud-Américaine qui a perdu ses bourses d’études, veut terminer son baccalauréat, contre vent et marée, et éviter au passage l’expulsion du pays. Contre 32 000 $, elle va leur prêter son ventre pendant neuf mois. Mais le contrat pourrait bien conduire tout ce joli monde ailleurs…

Il y a de la sensibilité dans l’air, mais également dans ce texte, à l’écriture fine, malgré quelques longueurs et égarements, qui explore avec intelligence et des images fortes brillamment portées par les mots toute la complexité morale de cette mise en commerce de la maternité. L’acte illégal nourri par l’urgence de la famille, de l’héritage, du conformisme et de la transmission, expose ici ses différents visages humains, celui de l’hyperpragmatisme qui réduit la procréation à une dimension purement consommatrice, celui du désespoir mâtiné d’inconscience, celui de la naïveté, dans un tout qui autopsie plus un phénomène social qu’il ne le juge.

Sur les planches, entre lecture du texte devant lutrin, teintée de fragments de jeu, le trio de jeunes comédiens qui donne corps à ce récit mettant à nu la fécondation pour un tiers, le fait avec justesse, mais surtout avec la tonalité exacte qui finit par rendre cette fiction puisant dans l’univers social plutôt convaincante.

Jeudi soir, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve qui héberge ce festival multiartistique versé dans les oeuvres émergentes, cette création du Théâtre le Mimésis était livrée pour une troisième fois, dans une nouvelle version, après des lectures réalisées en mars et avril dernier. Et pas besoin d’une échographie pour constater que le stade de développement du bébé est bon et laisse déjà présager une croissance saine et un avenir ailleurs…

On va se faire des enfants

Texte et mise en scène : Louis-Philippe Tremblay. Avec : Sasha Migliarese, Guillaume Regaudie, Yves-Antoine Rivest. Présenté le 30 juillet, dans le cadre de Zone HoMa.