Les Y se passent au rayon X

L’affiche de «Y paraît»
Photo: Laurence Payette L’affiche de «Y paraît»

Individualiste, mais avec le sens du groupe. Multitalentueux trouvant rapidement l’ennui dans l’affirmation d’un seul talent. Irresponsable — en partie — qui, dans le futur, va sans doute devoir prendre de plus grandes responsabilités. Le représentant de la génération Y — qui a entre 25 et 35 ans aujourd’hui, selon un découpage démographique valant ce qu’il vaut — affiche, à plusieurs égards, un caractère pour le moins bipolaire. Qu’est-ce que ces dualités vont donner dans la suite de la construction du Québec moderne comme dans celle de ses familles en devenir ?

La question risque de se poser fortement au contact d’Y paraît, expérimentation théâtrale qui se prépare à faire vibrer ce jeudi soir les planches du festival Zone Homa dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, avec onze voix d’une génération, celle des Y, portées sur scène par une seule, celle de Jocelyn Lebeau.

« Ce spectacle vient d’une urgence, résume à l’autre bout du fil le metteur en scène de l’objet, Jean-Simon Traversy, l’urgence de prendre la parole pour réfléchir en groupe sur les trente dernières années qui nous ont faits, et ce, dans la perspective des années qu’il nous reste à faire. »

Petit arrêt dans le temps. Petit bilan d’existence, à la charnière de l’existence. Affirmation du soi pour annoncer les couleurs à venir. L’exercice de style et de dramaturgie est un peu tout ça à la fois. Il devrait parler du rapport perdu au sacré — « on est une génération qui a été baptisée, qui s’est confirmée, mais qui n’a plus grand rapport à la foi », dit Traversy —, de l’amitié entre gars dans les régions éloignées, du rapport à l’autre et à l’amour qui serait entré, pour eux, dans une spirale « consommante » et superficielle en même temps — « La difficulté d’aimer et de s’attacher, c’est une grande préoccupation pour nous », ajoute-t-il. Entre autres révolutions autour d’un nombril, cicatrice de l’existence que cette génération reconnaît assez bien comme centre de sa propre gravité.

Des générations

Jocelyn Lebeau a eu l’idée de ce spectacle. Il a approché plusieurs auteurs de sa génération pour lui donner corps. Léane Labrèche-Dor, Annick Lefebvre et Gabriel Robichaud sont du nombre. « On ne voulait pas de textes commentaires ou éditoriaux, dit Traversy. On cherchait des histoires, des anecdotes de vie », de l’authentique, en somme, qui forme un tout placé sous le signe de la lecture publique, « avec surprises », assure le metteur en scène qui évoque Zone Homa comme une « belle plateforme pour tester des textes ». Ce tout à l’ego dramaturgique puise d’ailleurs bien plus que dans une génération, il le fait aussi dans l’époque en mutation où ces Y se prépareraient à amorcer un petit changement de garde.

« On croit que l’on est arrivé à ce point, dit le metteur en scène. Les X [génération précédente] n’ont pas réussi à déloger les boomers [leurs parents] des lieux de pouvoir. Nous ne voulons pas faire la même erreur qu’eux, ajoute-t-il en rigolant. La tâche qui s’en vient est importante. Il va falloir induire des changements politiques, sociaux, culturels majeurs, sinon, on va passer pour une autre génération de paresseux. »Y paraît, du coup, ressemble un peu, selon lui, à « cette grande fête que tu organises pour tes 18 ans. Tu te pètes la tête une dernière fois en te disant qu’après, tu vas devoir prendre tes responsabilités ».

Ça pourrait avoir l’air d’un café serré et dense. « Une bonne dose de caféine, ajoute-t-il, trahissant du coup le culte que voue cette génération à la substance — surtout lorsqu’elle se boit dans un café branché où la connexion Internet est disponible. Mais peut-être qu’après avoir fait tout ça, on va s’asseoir et se dire qu’il faudrait plutôt en faire un latté »… pour le diffuser ailleurs. Le Y étant aussi ainsi fait, quand on généralise un peu : quand il prend la parole, il ne veut plus trop la céder.

Y paraît

Textes de Julie Bergeron-Proulx, Simon Boulerice, François Descarie, René-Daniel Dubois, Léane Labrèche-Dor. Mise en scène de Jean-Simon Traversy. Avec Jocelyn Lebeau. À Zone Homa, le 23 juillet.