Les Insulaires se jettent à l’eau

«Eau courante» est un spectacle-laboratoire fait de théâtre et de musique.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Eau courante» est un spectacle-laboratoire fait de théâtre et de musique.

Fort de ses premières et de ses trouvailles, Zone Homa nous pousse, à coup sûr, dans l’inconnu. Dans ce festival multidisciplinaire enraciné à la Maison de la culture Maisonneuve (plus Ma que Ho, en conséquence), pas de gros poisson pour nous faire mordre. C’est l’instinct qui prime.

Les titres imagés, la poésie du texte descriptif, voire sa nébuleuse, et nous voilà plongés dans… Eau courante, spectacle-laboratoire fait de théâtre et de musique. La scène est partagée par une actrice, un guitariste, une violoniste et une violoncelliste.

« C’est un monologue théâtral en musique », précise Florence Tétreault, étudiante en études littéraires à l’UQAM et auteure de la pièce, présentée mardi dans la grande salle de la Maison de la culture.

« Eau courante est née de deux questionnements. Comment vit-on le deuil ? Qu’est-ce que le déni ? Le statut ambigu de ce dernier (c’est la fin et ce n’est l’est pas en même temps) a lancé mon projet d’écriture », dit celle qui refuse la maternité absolue du spectacle.

La musique, composée par Philippe Gatien, s’est greffée au texte dans un second temps, mais elle en est indissociable, juge Florence Tétreault. « Philippe donne à chaque personnage une sonorité. Il prend trois notes de Ne me quitte pas, de Jacques Brel, et les transforme selon les thèmes. »

« La musique, poursuit-elle, fait état de ce que traverse la narratrice. La musique est hachurée, mais, au moment de la reconstruction, elle devient liée. »

Non au vase clos

Le résultat est à ce point inhérent au travail collectif que l’auteure a tenu à ce que les documents du festival en tiennent compte. De là sont nés Les Insulaires, groupe producteur du spectacle, dont fait partie, outre Tétreault et Gatien, l’interprète (Zoé Schneider). Pour ce premier spectacle, se sont joints à eux David Strasbourg, à la mise en scène, et Natacha Filiatrault, à la chorégraphie.

Les Insulaires ne s’abreuvent pas au travail en vase clos. Sa porte-parole apprécie davantage l’école de terrain que le cloisonnement des disciplines, bien en place, encore aujourd’hui, dans les bancs d’université. Eau courante respire la création à vannes ouvertes.

Dans ce théâtre musical, la question de l’eau n’est, au bout du compte, qu’une invitation à la métaphore. L’histoire, qui en est une de rupture, parle « de ponts coupés » et d’isolement.

Tout part d’une phrase — « Quand tu m’as dit que tu voulais couper les ponts, j’ai pas trop, trop compris » — phrase qui teinte la perception de la narratrice. « Le déni, avance Florence Tétreault, c’est une fiction que l’on se construit de notre propre réalité. Tout le monde est conscient du déni de mon personnage, mais pas lui. »

Pour Les Insulaires, Zone Homa est un tremplin bienvenu. Sa porte-parole ne sait pas trop si le collectif aura une longue vie. Elle espère tout de même que le travail scénique et chorégraphique dans Eau courante puisse être développé ultérieurement dans toute sa plénitude.

Zone Homa se poursuit jusqu’au 22 août, à raison d’une seule représentation par spectacle.