Thérapie familiale sur planches

«Autorisation parentale», une pièce présentée dans le cadre de Zone Homa, un festival artistique éclaté.
Photo: Baptiste Tissot «Autorisation parentale», une pièce présentée dans le cadre de Zone Homa, un festival artistique éclaté.

Quel genre d’adultes ? Quelles espèces de parents se prépare à devenir la génération des 20-30 ans, enfants du divorce, de l’individualisme conjugué au temps de la techno ou de la conscience environnementale exacerbée pour la plupart ? Voilà la question qu’a décidé de se poser une jolie brochette de membres de cette cohorte démographique dans Autorisation parentale, création collective et introspective à sept voix, livrée samedi soir dans le cadre de Zone Homa, festival d’explorations et d’expérimentations artistiques éclatées. L’oeuvre aurait pu sombrer dans la psycho-pop facile. En plus d’une heure, elle se tient habilement en équilibre au-dessus de cette faille.

Un chemin simple

Bien pensé, bien écrit, l’objet dramaturgique emprunte un chemin simple, connu, mais très efficace : sept comédiens, un décor se résumant à quelques chaises et à un téléphone, un texte ciselé et très personnel qui se dévoile par fragments exposés par l’un puis l’autre, pour finir par former un tout cohérent.

Il est question de leur passé, des repas en famille, de la figure du père, de la mère, de l’angoisse d’enfanter, de la peur de ne plus être le nombril du monde, de cet esprit consommant appliqué aux sentiments, d’écologie, d’engagement social. C’est une exploration de l’environnement social et affectif des 20 ou 30 dernières années pour en comprendre la logique et surtout pour en identifier les déterminants identitaires qui se prépareraient à façonner chez eux la suite des choses.

Thérapie familiale

Autopsie d’une génération à la charnière du temps, cette Autorisation parentale ne s’en tient pas seulement là. Elle devient également une thérapie familiale qui expose rapidement l’universalité des interrogations, doutes et appréhensions qu’un humain peut avoir au moment de partir pour voler de ces propres ailes. Une thérapie qui s’incarne d’ailleurs de manière amusante dans la participation surprenante des réels parents de tous ces jeunes comédiens, qui ont été invités à écrire une lettre à leur progéniture, mais également à la lire à voix haute dans une boîte vocale. La tonalité est parfois serrée par l’émotion. Un père excuse ses absences à sa fille, une mère réitère sa confiance en son fils, une autre intellectualise un peu trop le rapport à son enfant.

Au final, l’exercice, au rythme et au découpage parfaitement maîtrisés, résume, avec une distribution remarquable dans son ensemble, la diversité des trajectoires humaines, mais également la redondance des grandes questions qui accompagnent depuis des lunes la fin du temps de l’insouciance et l’entrée dans l’âge des responsabilités. Et il a le mérite de le faire sérieusement, en évitant de se prendre trop au sérieux.

Autorisation parentale

Texte et interprétations : Nicolas Centeno, Sandrine Lemieux, Marie-Andrée Lemieux, Pierre-Antoine Pellerin, Rodley Philogère-Pitt, Pauline Schwab, Pascale Saint-Onge. Zone Homa. Le 18 juillet 2015.