Une satire à la hauteur de ses ambitions

Tous les interprètes de la pièce «En cas de pluie, aucun remboursement» exploitent à fond leurs personnages bien typés.
Photo: François Larivière Tous les interprètes de la pièce «En cas de pluie, aucun remboursement» exploitent à fond leurs personnages bien typés.

Tout n’est pas qu’un jeu au parc d’attractions Royaume du Super fun. Une grave question envenime l’ambiance de travail depuis que le patron a annoncé sa retraite prochaine : qui deviendra calife à la place du calife ? Comiquement épique, la pièce de Simon Boudreault invoque de grandes références, dont Shakespeare au premier chef. Et cette transposition de sérieuses luttes de pouvoir, cette adaptation inventive de codes royaux à la Game of Thrones dans un environnement récréatif aux couleurs fluo fonctionne étonnamment bien. Créée au Petit Théâtre du Nord, En cas de pluie, aucun remboursement vaut amplement le déplacement à Blainville.

L’auteur d’As is (tel quel) est à son summum dans la description de ces relations hiérarchiques. On assiste ici aux rivalités et aux alliances stratégiques qui se forment entre employés afin de supplanter la fille (Catherine Paquin-Béchard) du patron, héritière désignée — mais incompétente — du trône. Mais c’est la nouvelle recrue du parc, Le Bossu, qui manoeuvre dans l’ombre avec le plus de ruse, n’hésitant pas à recourir aux moyens les plus déloyaux, quitte même à jouer sur la pitié, afin de satisfaire sa soif de pouvoir.

Complices

L’intrigue fonctionne d’autant mieux qu’en narrateur qui nous rend complices de ses tractations fourbes, Lucien Bergeron offre un parfait mélange d’apparente candeur et de rouerie. Un bossu machiavélique qui renvoie bien sûr au Richard III de Shakespeare, mais aussi à son manipulateur Iago.

Tous les interprètes exploitent à fond leurs personnages bien typés : Reynald Robinson, truculent en chef, Sébastien Gauthier, impayable avec son look de surfeur bellâtre, les énergiques Louise Cardinal et Mélanie St-Laurent. Et Jocelyn Blanchard, qui donne même une dimension touchante à son gardien bègue, seul personnage dénué d’ambition et donc totalement innocent de la pièce.

Encore une fois, le metteur en scène déploie son inventivité scénique. Dans une scénographie (signée Julie-Christine Picher) flexible qui parvient à évoquer plusieurs lieux en jouant avec un mobilier de bureau, le spectacle nous transporte en montagnes russes ou — clou de la soirée — dans une piscine agitée. Une illusion réussie grâce à quelques accessoires et à un jeu physique habile.

Très drôle, la pièce peut être savourée au premier degré. Mais Simon Boudreault nous invite aussi à réfléchir sur le prix de l’ambition et sur ces relations compétitives qui s’installent entre humains dès qu’une hiérarchie, aussi dérisoire puisse-t-elle paraître, est mise en place. L’épilogue se révèle d’une intelligence et d’un cynisme qu’on voit probablement peu dans le petit royaume du théâtre estival.

En cas de pluie, aucun remboursement

Texte et mise en scène : Simon Boudreault. Au Petit Théâtre du Nord, à Blainville. Jusqu’au 21 août.

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