Facétieuse outrecuidance

Pendant un peu plus de trois heures, deux hommes mangent, boivent, discutent, racontent des anecdotes et partagent leurs idées sur l’art et la société.
Photo: Tim Wouters Pendant un peu plus de trois heures, deux hommes mangent, boivent, discutent, racontent des anecdotes et partagent leurs idées sur l’art et la société.

La scène pourrait être banale. Deux hommes sont attablés à un restaurant. Pendant un peu plus de trois heures, ils mangent, boivent, discutent, racontent des anecdotes et partagent leurs idées sur l’art et de la société. La scène, on l’a dit, pourrait être banale. Or, elle ne l’est pas. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une scène, justement.

De fait, nous sommes au théâtre, et cette discussion constitue le coeur d’une pièce que deux acteurs et metteurs en scène flamands ont adaptée d’un film du même nom. La scène évoquée plus haut a donc lieu devant des centaines de spectateurs qui, mus par des attentes légitimes, ont acheté un billet et se sont déplacés pour assister à l’événement. Mais ces attentes seront-elles satisfaites ? Rien n’est moins sûr.

Pas d’événement

D’entrée de jeu, le public est en effet confronté à une absence totale d’événement. La pièce commence par le repas et se termine avec lui, tout simplement. Entre l’entrée et le dessert, il ne se passe strictement rien. Les personnages n’évoluent pas, ne changent pas. Ils ne font que parler. Et s’ils sont manifestement plus cultivés que la moyenne, ils ne sont pas nécessairement plus intelligents. Leur discours, bien souvent, frôle le délire, s’étire, s’éparpille ou tourne en rond. Les spectateurs seront-ils déçus pour autant ? Absolument pas.

Du début à la fin de la représentation, en effet, les rires fusent et les applaudissements se multiplient. La raison en est simple : les interprètes livrent beaucoup plus — et autre chose — que le texte attendu.

Tout en savourant un repas préparé sur scène par un chef local, ils digressent à qui mieux mieux et cabotinent joyeusement. Qu’ils s’interpellent l’un l’autre ou s’adressent au cuisinier comme au public, ils font preuve de la même bonhomie, de la même facétieuse outrecuidance. Sortant complètement de leur texte ou s’y vautrant allègrement, ils se jouent du quatrième mur comme un prestidigitateur se joue du mouchoir qu’il fait apparaître ou disparaître en claquant des doigts.

Suscitant tour à tour l’adhésion et la complicité du public, remettant habilement en question les rôles de chacun des intervenants du spectacle, les créateurs de la pièce My Dinner with André arrivent à créer un espace fascinant où les conventions du théâtre et de la vie réelle s’emmêlent inextricablement.

My Dinner with André

De et avec Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede. Au Périscope jusqu’au 4 juin, dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec.