Manger mou

«Boom», mis en scène et interprété par Rick Miller.
Photo: Paul Lampert «Boom», mis en scène et interprété par Rick Miller.

Que faites-vous lorsque vous êtes critique de théâtre et qu’une pièce que tout le monde semble apprécier vous laisse complètement indifférent ? Pour commencer, vous faites preuve d’humilité et tâchez de rendre à César ce qui lui appartient.
 

César, en l’occurrence, se nomme Rick Miller. À la fois acteur, auteur, metteur en scène et musicien, ce génial touche-à-tout est considéré par le magazine Entertainment Weekly comme « l’une des 100 personnes vivantes les plus créatrices ».

Avec Boom, ce Torontois d’origine montréalaise démontre une fois encore l’étendue de son talent en incarnant sur scène une centaine de personnages différents. Investissant avec beaucoup d’aisance un dispositif scénique particulièrement ingénieux, il retrace avec vivacité l’émergence de la génération du baby-boom.
 

S’attachant plus particulièrement à suivre le parcours de ses propres parents, il recrée sur scène bon nombre d’événements ayant marqué l’histoire (principalement américaine, mais également, quoique à un moindre degré, canadienne et québécoise) des années 40, 50 et 60. Les transitions de la petite histoire à la grande sont habiles et la pièce, réglée au quart de tour, est présentée avec le rythme et la précision d’un spectacle de feu d’artifice.

De marbre

Pourtant, vous restez de marbre, apparemment insensible à ce formidable déferlement de talent et d’énergie. Pourquoi ? La réponse réside probablement dans ce constat fort simple : vous n’êtes pas un baby-boomer.
 

On a l’impression, en effet, que cette pièce n’a été conçue que pour permettre aux hommes et aux femmes de cette génération de se complaire dans les réminiscences nostalgiques de leur passé, présenté de la façon la plus consensuelle et la moins problématique possible. De fait, cette proposition trop lisse n’offre de l’histoire qu’une version prédigérée et rassurante, agrémentée d’effets spéciaux, de musique et de bons sentiments. Les leçons que l’auteur prétend tirer de ce survol, qui plus est, se révèlent d’une mièvrerie déconcertante. Autrement dit, à ses parents comme aux nôtres, Rick Miller offre un manger mou réconfortant.
 

Pour toutes ces raisons, la pièce remportera sans doute un vif succès. Il s’agit en effet d’un produit de qualité, taillé sur mesure pour une génération qui, refusant toute remise en question, agonise en contemplant béatement son propre reflet.

Pour en savoir plus

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Boom

De Rick Miller, du 28 au 30 mai, à la Caserne Dalhousie, dans le cadre du carrefour international de théâtre de Québec. 

2 commentaires
  • Stéphane Laporte - Abonné 1 juin 2015 15 h 10

    "Génération" misère!

    Je ne suis pas d'accord avec le raccourci "générationel" que fait Gabriel Marcoux-Chabot. Ce référé au "baby-boomer" comme une réalité homogène est, pour être polie, simplissime.

  • Louise Richard - Abonné 1 juin 2015 20 h 25

    Mouais...

    L’incompréhension intergénérationnelle ne frappe visiblement pas que les plus anciens. Gabriel Marcoux-Chabot semble souffrir d’oeillères sociales. Qui plus est, quand il énonce «une génération qui, refusant toute remise en question, agonise en contemplant béatement son propre reflet», il fait plus la démonstration de ses propres limites que celles des baby-boomers. La remise en question des autres commence par la sienne propre. Je lui recommande d'y procéder rapidement.

    Louis Germain