Espaces de liberté

Une des étapes du spectacle déambulatoire «Où tu vas quand tu dors en marchant… ?»
Photo: Renaud Philippe Une des étapes du spectacle déambulatoire «Où tu vas quand tu dors en marchant… ?»

La nuit tombe sur le Vieux-Québec. Une foule nombreuse se presse déjà aux abords de la rue des Glacis, où d’énormes ballons lumineux signalent la proximité du spectacle déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant… ?, l’événement phare du Carrefour international théâtre de Québec.

Conçu par Les Écornifleuses, Le désordre constitue d’entrée de jeu un brillant pied de nez au délire sécuritaire qui infecte désormais nos grandes festivités populaires. Le spectateur doit en effet faire fi des ordres vociférés par des agents de sécurité afin d’accéder à une mystérieuse zone de désordre. Là, il redécouvre avec bonheur l’art méconnu et ô combien thérapeutique de ne rien faire du tout. Libéré de ses tensions et de ses attentes, ayant probablement en partie perdu la notion du temps, il peut désormais savourer pleinement sa rêverie vagabonde.

Le promeneur pénètre ensuite avec une curiosité mêlée d’appréhension dans l’univers peuplé de pantins de Machineries, mis en scène par Pierre Robitaille. Fasciné, il s’arrête un moment pour contempler la mystérieuse entité féminine qui semble régner sur les lieux.

Il s’immobilise plus longuement devant Les projections à court terme, l’installation aux allures de ciné-parc due à l’inventivité des artistes Doyon-Rivest. Alignées devant un écran géant, 30 voitures illuminées de l’intérieur réagissent par des variations de couleurs aux scènes du quotidien qui y sont présentées. Installé à bonne distance, le spectateur goûte les subtilités de cette chorégraphie lumineuse.

Plus loin, des personnages extravagants l’interpellent directement afin de l’entraîner dans l’univers festif et débridé de Fêter quoi ? Paradoxalement, cet espace imaginé par Alexandre Fecteau offre aussi, au milieu d’une surenchère sonore et visuelle, un magnifique lieu de recueillement.

Élaboré par le Théâtre Rude Ingénierie et L’Orchestre d’hommes-orchestres, Les palais est sans contredit le tableau le plus complexe et le plus esthétiquement réussi du spectacle. Vagabondant entre roulottes et conteneurs, le promeneur accède tour à tour à l’intimité de chacun des chanteurs et musiciens qui peuplent ce campement déglingué. Projetées sur les murs des bâtiments environnants, les images juxtaposées de ces derniers constituent, comme le spectacle tout entier, une courtepointe humaine d’une formidable puissance et d’une indéniable beauté.

Où tu vas quand tu dors en marchant… ?

Jusqu’au 6 juin, dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec