Théâtre - Fraîcheur, pertinence et originalité

À moins de 30 ans, Évelyne de la Chenelière a déjà trouvé une voix qui fait sa marque dans la dramaturgie québécoise. D'une manière très personnelle, elle parle de l'amour, du couple surtout, du besoin de s'expliquer les uns aux autres avant que la mort ne nous rende muets. Par ricochet, elle aborde la culpabilité qui accompagne souvent les individus qui tentent d'entrer en rapport. Tout cela avec beaucoup d'esprit et de sensibilité, en laissant ses personnages libres d'agir et de s'exprimer.

C'est en 1999 qu'on l'a découverte, alors que Gary Boudreault, directeur, et Daniel Brière, metteur en scène au théâtre d'été La Moluque à Carleton-sur-Mer, lui avaient commandé une pièce; c'est ainsi que Des fraises en janvier a été créée en Gaspésie. En février 2000, la pièce remportait le Masque du meilleur texte original. Et pour cause: elle est riche de sens, novatrice dans son architecture, et adopte un recul ludique quant à la mise en scène autant que par rapport aux clichés sur la rencontre amoureuse. Reprise deux fois, au Théâtre d'Aujourd'hui d'abord, puis au Centaur en langue anglaise, elle joue actuellement à la salle Jean-Duceppe de la Place des Arts dans la mise en scène originale de Philippe Soldevila, avec la même distribution qu'à la reprise au Théâtre d'Aujourd'hui.

Au printemps 2000, Culpa était créée à l'Espace libre. Cette pièce plus sombre mettait en scène quatre personnages qui, à l'occasion d'un moment passé dans une salle d'attente, font une sorte de bilan de leur vie à travers une multitude de petits récits. Derrière leurs confidences, la culpabilité se profile, sous diverses formes.

À l'automne 2002, c'est Henri et Margaux (avec la collaboration de Daniel Brière) qui voyait le jour à l'Espace libre. Cette étude sur le couple, aussi brillante que fantaisiste, parlait de la fragilité de l'amour et du désir tout en se penchant sur les questions de la fin, de toutes les fins. Là encore, on trouvait des dialogues empreints de fraîcheur et une réjouissante justesse dans le propos.

En 2003, Évelyne de la Chenelière voyait une autre oeuvre créée au Théâtre de Quat'Sous: Au bout du fil; dans une institution tenant autant de la colonie de vacances que du refuge pour personnes âgées, onze personnages «retombent en enfance», ce qui libère à la fois l'action et la parole.

Dès janvier, on pourra voir l'oeuvre la plus récente d'Évelyne de la Chenelière: Aphrodite en 04. Jean-Pierre Ronfard, disparu prématurément devait diriger la mise en scène de cette oeuvre qu'il lui avait commandée dans l'intention de réaliser une expérience théâtrale inédite.

«Il désirait évacuer les conventions qui figent habituellement la production après le soir de la première. Les huit acteurs possèdent déjà leur texte, mais la mise en scène se fera à mesure au fil des soirs pendant quatre semaines. Le spectacle évoluera donc sous les yeux des spectateurs, explique l'auteure. C'est très excitant, un peu stressant aussi!»

La pièce se déroule dans un espace public (un autobus) où huit personnages ressentent l'urgence de communiquer. «Max se met soudain à entendre les pensées des autres et à se mettre à leur place, ce qui, forcément, bouleversera sa vie.» Intérêt garanti.

Des fraises en janvier est présentement à l'affiche à la salle Jean-Duceppe de la Place des Arts jusqu'au 7 février. Information et réservations:

(514) 842-2112 ou (514) 790-1245.

Aphrodite en 04 sera créée le 6 janvier et jouée jusqu'au 31 janvier 2004 à l'Espace libre. Forfaits offerts. Information et réservations:

(514) 521-4191.