Un diamant dans un écrin d’acier

Jean-Sébastien Ouellette joue le personnage de Macbeth.
Photo: Stéphane Bourgeois Jean-Sébastien Ouellette joue le personnage de Macbeth.

Que dire de cette pièce qui nous prend aux tripes et nous emporte comme un torrent furieux ? On a beau connaître le texte par coeur et anticiper ses moindres rebondissements, on n’en reste pas moins accroché à son siège pendant plus de deux heures et demie, le souffle coupé, le coeur battant, comme si la tragédie pouvait être évitée, comme s’il était possible que les choses tournent autrement.

La mise en scène et la scénographie investissent avec une exceptionnelle efficacité l’espace de cette scène immense, dont elles accentuent l’horizontalité. Le drame se joue ici à hauteur d’homme, et nulle puissance rédemptrice ne viendra arracher les protagonistes au destin auquel la bassesse de leurs désirs les tient enchaînés.

D’un autre côté, cette horizontalité n’est pas sans rappeler le format du cinémascope. Or, il y a assurément quelque chose de cinématographique dans la façon dont ce texte classique est ici représenté. Les transformations du décor suggèrent des changements de scène, les jeux d’éclairage évoquent des raccords de plans. Le rythme qui se met en place est davantage celui du cinéma que du théâtre. Et comme dans les meilleurs thrillers, une tension quasi insoutenable s’installe par moments, renforcée par une trame sonore d’une singulière intensité.

Une angoisse nous saisit, qui est celle des personnages eux-mêmes. Ce ne sont peut-être que des hommes que torture la violence de leurs passions, mais le texte les arrache à leur condition pour les transporter dans cette zone obscure de la psyché qui donne naissance aux mythes et façonne notre perception de la réalité.

Tous à la hauteur

Malgré l’ampleur de la tâche, il n’est pas un comédien qui ne soit à la hauteur de son personnage, et tous sans exception livrent une performance digne de mention. Au milieu de cette distribution de haut calibre, Érika Gagnon se démarque néanmoins par son jeu d’une puissance et d’une richesse inégalées. Tel un diamant noir dans son écrin d’acier, à l’image de la pièce dont elle est le coeur, lady Macbeth brûle sur scène d’un feu obscur dont chaque lame et chaque surface métallique semblent offrir un reflet meurtrier.

Que dire de plus ? C’est un souffle, un tonnerre, un incendie ravageant la nuit. C’est l’imagination sanglante et la passion exacerbée. C’est le talent à l’état brut, habilement dirigé. C’est Macbeth, au Trident jusqu’au 16 mai.

Macbeth

De William Shakespeare, traduit par Paul Lefebvre, dans une mise en scène de Marie-Josée Bastien, au Trident jusqu’au 16 mai.

1 commentaire
  • Lucien Cimon - Inscrit 28 avril 2015 16 h 26

    La pièce ira-t-elle en tournée?