Humour et tendresse

La pièce impressionne tant par sa bonhomie que par la finesse avec laquelle elle aborde un certain nombre de questions difficiles.
Photo: Nicola-Frank Vachon La pièce impressionne tant par sa bonhomie que par la finesse avec laquelle elle aborde un certain nombre de questions difficiles.

Le décor est impressionnant. Sur scène, la reconstitution d’une villa du Mississippi — on dirait une gigantesque maison de poupée — s’ouvre en deux pour révéler l’intérieur d’une chambre à coucher.

On y fait la connaissance de Brick, ex-sportif professionnel ayant sombré dans l’alcoolisme à la suite du décès de son meilleur ami. Alors que son père, Big Daddy, se meurt d’un cancer et que son frère Gooper multiplie les manigances pour mettre la main sur l’héritage, sa femme, Maggie, ambitieuse et toujours amoureuse de lui, tente par tous les moyens de reconquérir son coeur et son corps. Tout cela ne se fera pas sans heurts, et les cris, les larmes, les injures, les mensonges et les révélations viendront perturber le soixante-cinquième anniversaire du père, qui n’a pas l’intention de se laisser enterrer vivant.

Habilement traduite et adaptée en « québécois » par René Dionne, la pièce donne l’étrange l’impression d’avoir été écrite par un auteur de chez nous. À un point tel, d’ailleurs, qu’on se surprend à considérer que les noms des personnages et les quelques références au contexte américain sonnent faux dans la bouche des comédiens. De la même façon, les chansons en anglais qui ponctuent la pièce, quoique magnifiquement rendues, semblent appartenir à un univers différent.

Complètement habités par leur personnage, certains comédiens s’approprient à merveille ce texte vivant et touffu. Truculent à souhait, Patric Saucier brille de tous ses feux dans le rôle de Big Daddy. À ses côtés, Marie-Ginette Guay fait preuve d’une vivacité et d’un naturel équivalents. En comparaison, toutefois, Brick ne semble occuper le corps de Jean-René Moisan qu’à temps partiel. On a parfois l’impression, en effet, que le comédien oublie son personnage entre deux répliques et se contente d’attendre passivement son tour de parler ou de crier.

Cela dit, on passe dans l’ensemble un très agréable moment. La pièce impressionne tant par sa bonhomie que par la finesse avec laquelle elle aborde un certain nombre de questions difficiles. Quelles sont nos véritables motivations ? Que savons-nous de nos propres sentiments ? À quel point nous trompons-nous sur les autres et sur nous-même ? Ces questions, la pièce a le mérite de les poser avec humour et tendresse et d’y répondre de la même façon.

La chatte sur un toit brûlant

Texte de Tennessee Williams, adapté par René Dionne, dans une mise en scène de Maxime Robin. À la Bordée, jusqu’au 9 mai.