Soirée de m...

L’auteur a su montrer la personnalité complexe de ses personnages apparemment stéréotypés.
Photo: Cath Langlois Photographe L’auteur a su montrer la personnalité complexe de ses personnages apparemment stéréotypés.

Un bar qu’on imagine surpeuplé. Deux hommes, une femme. Ils ne se connaissent pas, mais ils vont se croiser, s’observer, se juger. Se tromper les uns sur les autres et sur eux-mêmes. Se mettre les pieds dans les plats. Et passer une soirée de marde (au propre comme au figuré).

Ce n’est toutefois pas le cas du spectateur, qui se bidonne ferme à voir ces pauvres diables se débattre avec leurs propres clichés. Kevin est un parfait douchebag. Olivier, un nerd patenté. Michelle, une fille tranquille. Cherchant à échapper à la platitude de leur quotidien, Olivier et Michelle tentent tant bien que mal de se conformer aux codes du night life urbain. Le premier joue les gros bras, la seconde se prend pour une pitoune.

Entre ces deux zigotos, et malgré son allure d’orang-outang pompé aux stéroïdes, Kevin fait figure de sage. Il faut dire que c’est un habitué : il connaît les usages. Mais surtout, au-delà de ses muscles et de son bronzage, on découvre assez rapidement un être sensible et étonnamment empathique. Personnage d’une grande richesse, il constitue la plus belle surprise de cette pièce aussi hilarante qu’attendrissante.

On rend grâce à l’auteure, Amélie Bergeron, d’avoir su montrer, dans une langue simple et volontairement limitée, la personnalité complexe de ces êtres apparemment stéréotypés. Simon Lepage est parfaitement crédible dans son rôle de douchebag intelligent. Monika Pilon brûle littéralement les planches dans la peau de Michelle. Seul Oliver ne semble pas avoir bénéficié dans son développement du même souci de profondeur et d’authenticité. Le jeu de Marc Auger Gosselin, à l’occasion, s’en ressent quelque peu.

Cela dit, on s’étonne de ce que des individus aussi différents s’expriment dans une langue quasi identique. Dans un ordre d’idées similaire, les procédés visant à souligner la ressemblance entre les personnages manquent un tantinet de naturel : difficile de sonner « vrai » lorsque trois comédiens s’efforcent de prononcer les mêmes mots exactement en même temps.

Ces quelques faiblesses n’ont toutefois pas beaucoup d’impact sur le plaisir du spectateur, qui en voudrait davantage. Comme à la fin du premier épisode d’une série télé, il aimerait n’avoir qu’une semaine à attendre avant de voir ces personnages évoluer au gré de situations tout aussi désopilantes et rythmées. Ce n’est pas le cas. Mais au moins, contrairement à Kevin, Michelle et Olivier, il aura passé une excellente soirée.

Usages

Texte et mise en scène : Amélie Bergeron. Avec Marc Auger Gosselin, Monika Pilon et Simon Lepage. À Premier Acte jusqu’au 2 mai.