Du théâtre aux mille identités

La poésie locale sera hélée par Gabrielle et Véronique Cote dans le cabaret <em>Attentat</em>, un patchwork du territoire québécois.
Photo: Nicola-Frank Vachon La poésie locale sera hélée par Gabrielle et Véronique Cote dans le cabaret Attentat, un patchwork du territoire québécois.

Composé de reprises comme de premières, le Carrefour international de théâtre baignera beaucoup — énormément — dans le flou identitaire. La présentation de Trois, trilogie-phénomène de Mani Soleymanlou, colorera la seizième programmation, dévoilée mardi à Québec. À compter du 21 mai, le festival fera en effet la part belle à du théâtre aux mille identités, ou du moins à autant d’identités, ou presque, que de spectateurs.

Dans plusieurs des 12 projets retenus, monsieur et madame Tout-le-Monde pourront délaisser leur rôle de spectateur passif. Certains auront l’occasion de monter sur scène, d’autres joueront, seuls, les héros de la pièce.

Pour Marie Gignac, directrice artistique du Carrefour, le hype en ce moment, ce qui anime la dramaturgie internationale, ce sont « les trucs participatifs ». C’est dans Par coeur, du Portugais Tiago Rodrigues, que les gens du public seront appelés à franchir le quatrième mur pour parler, sur scène, de littérature et de mémoire. Sorte de work in progress, Séjour, de Daniel Danis et Alexandre Fecteau, dépend, lui, de la discussion avec l’auditoire.

Quant à la « pièce dont vous êtes le héros » A Game of You, du groupe belge Ontroerend Goed, elle semble davantage tirer du côté de l’art contemporain, de l’oeuvre type installation. Le public, une personne à la fois, circule à travers un labyrinthe de miroirs.

« Si vous voyiez ce qui se fait aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en Scandinavie, il n’y a plus de règles. Le théâtre est une expérience, souvent participative. Il est où le théâtre, dans A Game of You ? Il est dans le jeu, peut-être. Le titre le dit. Le jeu se fait autour de nous. »

Événement gratuit

Le Carrefour reprendra sinon, dans une nouvelle version, son spectacle urbain Où tu vas quand tu dors en marchant… ? Gros succès populaire, seul événement gratuit, il permet au public de se frotter, souvent individuellement, aux acteurs, danseurs et artistes de tous horizons impliqués.

Emblématique de l’éclatement des points de vue et de la multiplicité de voix, Trois sera enfin présentée à Québec, un an après sa création montréalaise. Dans la troisième partie de cette trilogie portée par la question de l’identité culturelle, 45 acteurs montent sur scène.

« C’est un spectacle essentiel, dit Marie Gignac, encore heureuse de pouvoir le programmer avec la presque totalité de la distribution. Seulement deux personnes ne seront pas là. C’est une pièce sur l’absence du point de vue. Elle parle du vide identitaire. Le flou, c’est sa force. »

Les paroles fortes et le théâtre physique domineront ce 16e Carrefour. Autre succès montréalais, prix de la meilleure production en 2014 selon l’Association québécoise des critiques de théâtre, Oxygène, de Christian Lapointe, est portée par le souffle de son duo de comédiens, sous les envolées de musique techno. Le plus récent one-man-show du Torontois Rick Miller, Boom, revient sur l’époque du baby-boom avec éclat. Miller, qu’on qualifie de bête de scène, raconte, danse, chante, etc. La poésie locale, elle, sera hélée par Gabrielle et Véronique Cote dans le cabaret Attentat, un « patchwork du territoire québécois », selon le communiqué de presse.

Voix méconnues

Né d’une collaboration entre Jean-François Lessard et Entr’actes, organisme au secours de personnes avec des limitations fonctionnelles, le projet Hiéroglyphes donne, lui, parole à des voix méconnues. Dans ce même esprit d’ouverture et d’inclusion, Tauberbach, du Germano-Belge Alain Plattel, confronte vie dans un dépotoir et interprétation de chants de Bach par des sourds.

Le théâtre d’images ne sera pas pour autant négligé. Murmures des murs, de Victoria Thierree-Chaplin, navigue dans le mime, la danse, l’art des illusions et des marionnettes, autant de formes narratives qui se passent de paroles. Pour le bonheur des huit ans et plus.

Le rêve et la fantaisie sont d’autres lignes fortes de la programmation, comme en témoigne la présence de My Dinner with André — inspiré du film de Louis Malle. L’adaptation pour la scène des Belges Damiaan de Schrijver et Peter van den Eede implique la participation de chefs réputés de Québec. Le résultat : un repas gastronomique, une oeuvre clownesque et un pur ravissement pour « l’esprit et les sens ».

La pièce dont vous êtes le héros

Dans la programmation, on compte entre autres A Game of You, du groupe belge Ontroerend Goed, qui prend la forme d'une installation dans laquelle le public, une personne à la fois, circule à travers un labyrinthe de miroirs.