La vie en vrille

Les quatre comédiens d’Illusions œuvrent dans un décor minimaliste, pour ne pas dire absent.
Photo: Matthew Fournier Les quatre comédiens d’Illusions œuvrent dans un décor minimaliste, pour ne pas dire absent.

C’est ce qu’on appelle faire beaucoup avec très peu : décor minimaliste, pour ne pas dire absent, projections vidéo simples et bien senties, jeux sans excès de comédiens solides font de ces Illusions, actuellement déballées sur les planches du théâtre Prospero de Montréal, une réalité forte qui a tout pour faire vibrer.

La rencontre entre un metteur en scène à l’efficacité redoutable —Florent Siaud, c’est son nom —, le texte puissant du dramaturge russe Ivan Viripaev et le quatuor formé de Paul Ahmarani, David Boutin, Evelyne de la Chenelière et Marie-Ève Pelletier est heureuse. Elle donne à cette introspection à quatre voix des sentiments humains, de l’amour, de la fidélité décortiqués à la lisière de l’existence cette dimension à la fois humaine, sensible et risible qui sied si bien à cette composante lumineuse de la dramaturgie slave contemporaine.

La trame narrative semble avoir été montée au vilebrequin par Viripaev qui, dans un cadre bien plus calme que ces créations précédentes — Oxygène, monté l’an dernier au même Prospero, est du nombre —, poursuit son autopsie de la condition humaine en passant, cette fois, par quatre petits vieux dressant le bilan de leurs amours. Dennis, Sandra, Albert et Margaret sont sur le point de passer l’Achéron, quelque part dans les terres perdues de la Taïga. Ils se confient les uns les autres, entre déclaration de confiance, confirmation d’attachement et faux-semblant.

La profondeur du propos, comme dans toute la dramaturgie de Viripaev — figure d’un théâtre cérébral qui traque l’émotion dans la provocation —, est traversée par des salves de comique et de dérision, dans un tout qui amorce et désamorce habilement manié ici par une distribution traçant avec intelligence les contours improbables de cette balade en humanité. Evelyne de la Chenelière a la tonalité et l’intensité juste et précise. Marie-Ève Pelletier aussi. Quant à David Boutin et Paul Ahmarani, ils portent cette étrange psychanalyse de l’amour au temps des derniers adieux, avec tout le manque de sérieux qu’elle commande, sans fausse note ni excès de caricature.

C’est vrai. C’est tendre. C’est tout, sauf un mirage.

Illusions

Texte : Ivan Viripaev (traduction : Tania Moguilevskaia et Gilles Morel). Mise en scène : Florent Siaud. Avec : Paul Ahmarani, David Boutin, Evelyne de la Chenelière et Marie-Ève Pelletier. Au Théâtre Prospero jusqu’au 11 avril.