Histoire d’un aller et retour

Pendant Norge, Kevin McCoy est accompagné en musique par la pianiste Esther Charron.
Photo: Stéphane Bourgeois Pendant Norge, Kevin McCoy est accompagné en musique par la pianiste Esther Charron.

Un piano, des souches et quelques rochers se reflètent sur une surface noire et lustrée. Recouverts de draps blancs, ils ressemblent à des blocs de glace dérivant sur les eaux du Saint-Laurent ou de la mer du Nord.

Dans ce décor d’une grande beauté, Kevin McCoy, accompagné en musique par la pianiste Esther Charron, raconte avec candeur et bonhomie quelques-uns des événements marquants de sa vie. Petit-fils d’une Norvégienne venue s’établir aux États-Unis, ayant lui-même immigré au Québec par amour, il évoque son périple sur les traces de sa grand-mère, ses problèmes de santé et sa relation avec ses parents vieillissants. Récit touchant d’une quête identitaire authentique et sincère, le texte prend parfois un tour inutilement didactique.

Dans la première partie du spectacle, surtout, on a le sentiment d’assister à un cours magistral sur l’histoire de la Norvège donné par un professeur particulièrement porté sur l’anecdote et la confidence personnelle. Les projections qui accompagnent le monologue du comédien renforcent d’ailleurs cette impression. Sorte de croisement maladroit entre une présentation PowerPoint et une vidéo promotionnelle coproduite par l’Office québécois du tourisme et son homologue norvégien, les images présentées trahissent un manque de vision artistique évident.

D’autres aspects de la mise en scène souffrent de faiblesses équivalentes : gestes et déplacements mal assumés, interactions problématiques avec l’environnement numérique, symbolisme trop appuyé de certaines scènes — on pense en particulier à cet hommage au Cri de Munch, tellement lourd et caricatural qu’on se demande si le metteur en scène ne prend pas son public pour des imbéciles.

Cela dit, la pièce donne aussi lieu à des moments de grâce : lorsque le comédien s’abandonne dans les bras de la pianiste jouant pour lui une composition d’Edvard Grieg, par exemple, ou quand sa tentative d’apprentissage de la langue norvégienne dérive insensiblement vers des considérations plus fondamentales.

Évoquant son arrivée à Québec, McCoy dit être tombé amoureux de la ville et de ses habitants. On peut supposer que ces derniers lui rendront son amour avec empressement : on se montre toujours indulgent envers ceux qui nous flattent agréablement.

Au final, on reste toutefois avec l’impression qu’une mise en scène plus sobre et plus resserrée aurait mieux servi ce texte par ailleurs écrit et délivré avec autant de passion que de sensibilité.

Norge

De Kevin McCoy. Scénographie et costumes de Yasmina Giguère. Musique de Esther Charron. Au Trident jusqu’au 28 mars.