Amitié intéressée

« Julie – Tragédie canine » propose, avec son titre ironique, une comédie légère et caricaturale.
Photo: Catherine Langlois « Julie – Tragédie canine » propose, avec son titre ironique, une comédie légère et caricaturale.

Rentrant de voyage, Laurence constate que Julie, sa chienne adorée, a disparu. Le responsable : Guillaume, trop absorbé par une partie de baseball à la télévision pour surveiller toutou. En quelques minutes, la jeune femme, furieuse, tire un trait sur leur dix années de vie commune, met Guillaume à la porte et se jure de retrouver son chien. La rupture tombe bien mal pour Jade et JF : ils comptaient sur la vente d’une maison à leurs amis pour régler leurs problèmes financiers. Ils ont intérêt à ce qu’ils se réconcilient, et feront tout pour les raccommoder. S’ensuivent calculs, mensonges et manipulations.

On l’aura compris : Julie – Tragédie canine propose, avec son titre ironique, une comédie légère et caricaturale. D’un côté, une Laurence dévastée par la perte de son « bébé », entre obsession et hystérie ; de l’autre, des manigances qui transforment l’incident en affaire hors de proportion. Si l’idée de départ ne manque pas d’originalité, l’intrigue s’essouffle rapidement, malgré une trame secondaire et un long retour en arrière greffé à l’histoire.

Le temps compté

Le spectacle mise sur une enfilade de courtes scènes. Pour chaque personnage, le temps est compté : il faut retrouver Julie, reconquérir Laurence, trouver de l’argent. L’urgence des situations est habilement suggérée par le rythme de la pièce, en général rapide, et la grande énergie des comédiens. Le jeu vif, nerveux, parfois un peu trop survolté des interprètes, s’accorde à l’ensemble. Les éléments techniques servent efficacement cette atmosphère de fébrilité. Le décor (Mona Eliceiry), fait de panneaux mobiles et de quelques accessoires, permet de rapides changements, très fluides. Le tout est complété par des projections qui nous emmènent hors des deux appartements des protagonistes, et dans lesquelles s’amalgament, parfois, images et comédiens. Même efficacité pour les effets sonores, dont la force d’évocation est parfois surprenante.

Le sujet semblait annoncer une réflexion intéressante sur quelques préoccupations de la fin vingtaine : engagement, ambition et carrière, rapport à l’argent. Si ces questions sont évoquées, la pièce se cantonne surtout dans des évidences. Les personnages, de même, sont esquissés à grands traits, peu raffinés. Le quatuor, peu sympathique, offre d’ailleurs l’image d’une amitié plutôt égocentrique. L’un des buts de la pièce, confient eux-mêmes les auteurs, est de faire rire. Effectivement, certaines situations ou répliques amusent. Mais l’ensemble, avouons-le, lasse un peu par son aspect superficiel, ses longueurs, quelques éléments redondants ou un peu gratuits. Mieux vaut en retenir le côté divertissant, l’habileté technique et l’énergie des comédiens.

Julie – tragédie canine

Texte : Samuel Corbeil et Pascale Renaud-Hébert. Mise en scène : Jean-Philippe Joubert. Avec Nicolas Drolet, Mary-Lee Picknell et les deux auteurs. Une coproduction du Collectif Le Vestiaire et de Nuages en pantalon, à Premier Acte jusqu’au 14 mars.