Retour vers le futur

Dans Épopée Nord, Olivier Morin, Guillaume Tremblay et Navet Confit ne nous proposent rien de moins qu’une « soirée canadienne » sur la « question amérindienne » qui repousse les limites de l’absurde.
Photo: Josée Lecompte Dans Épopée Nord, Olivier Morin, Guillaume Tremblay et Navet Confit ne nous proposent rien de moins qu’une « soirée canadienne » sur la « question amérindienne » qui repousse les limites de l’absurde.

Lorsqu’il s’agit de passer par le futur pour mieux éclairer le présent, Olivier Morin, Guillaume Tremblay et Navet Confit n’ont pas leur pareil. Avec Épopée Nord, leur troisième aventure dans les couloirs du temps, rien de moins qu’une « soirée canadienne » sur la « question amérindienne », les comparses nous entraînent dans un futur pris d’un irrépressible engouement pour… son passé.

Théâtre musical porté par une impitoyable critique sociale, repoussant les limites de l’absurde, le nouvel opus du Théâtre du Futur s’inscrit hors de tout doute dans le droit prolongement de Clotaire Rapaille, l’Opéra Rock et L’assassinat du président. Pas facile de résumer cette histoire rocambolesque à la fois traditionnelle et science-fictionnelle dans laquelle les Premières Nations se soulèvent et les Québécois « de souche » retournent aux sources.

La quête, qui donne tout son sens aux expressions « tiré par les cheveux » et « sans queue ni tête », réunit Fred Pellerin, en plusieurs exemplaires, mais aussi Jean Leloup, Denis Lévesque, Jocelyne Cazin et plusieurs autres, peut-être moins connus, mais tout aussi colorés. Quatre comédiens et deux musiciens donnent vie à cette galerie de personnages. Certains, il faut le dire, s’en tirent mieux que d’autres. Olivier Morin est désopilant, implacable de bout en bout.

Dans cette vaste entreprise de règlements de comptes, tout le monde en prend pour son rhume, de la gauche à la droite, des déshérités aux nantis, des politiciens aux vedettes, des premiers venus aux nouveaux arrivants. On ratisse large, très large, et on ne sait pas toujours quand s’arrêter. Si bien que l’ensemble mériterait d’être sérieusement resserré. Quelques blagues faciles et péripéties tarabiscotées auraient eu tout avantage à demeurer en salle de répétition.

Reste que le talent des créateurs de cette Épopée Nord réside dans la manière dont ils se sont saisis des courants qui agitent leur époque, dont ils ont absorbé tout ce qui constitue le Québec d’aujourd’hui, la beauté aussi certainement que l’horreur, la grandeur autant que la petitesse, le viscéral aussi bien que l’anecdotique. Restituer tout cela dans une seule et même fresque scénique tient du tour de force. Le résultat est une sorte de Bye Bye qui aurait le courage de transcender la formule du sketch pour jeter un regard global sur l’identité québécoise.

Épopée Nord

Texte : Olivier Morin et Guillaume Tremblay. Mise en scène : Olivier Morin. Avec Myriam Fournier, Olivier Morin, Virginie Morin, Guillaume Tremblay, Ariane Zita et Navet Confit. Une production du Théâtre du Futur. À la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 20 février.