Tourbillon de mensonges

Les comédiens s’amusent follement de ce festival du mensonge et des quiproquos.
Photo: Nicola-Frank Vachon Les comédiens s’amusent follement de ce festival du mensonge et des quiproquos.

C’est toujours avec bonheur qu’on retrouve Molière ; et, chaque fois, on reste ébahi devant son génie. Dans Les fourberies de Scapin, pièce hautement réjouissante, le valet Scapin semble devenir lui-même homme de théâtre. Il imagine et met en scène histoires et personnages pour aider deux jeunes couples d’amoureux, dont les liens contrecarrent les projets de deux pères contrariés. De l’entreprise, Scapin tirera du même coup une vengeance personnelle. On retrouve, dans cette pièce tardive de Molière, écrite deux ans avant sa mort, les embrouilles, le jeu physique et le comique de ses premières farces. S’y greffent l’ingéniosité de la construction, l’acuité du regard sur les personnages, la vivacité et la finesse de l’écriture, témoins de la maturité d’un auteur en pleine possession de son art.

Plus de vingt ans après avoir incarné Scapin, Jacques Leblanc signe ici la mise en scène, et sert Molière de toute son expérience. Direction d’acteurs impeccable, organisation rigoureuse de l’ensemble, il raffine ou grossit le trait ici, règle là les ressorts comiques, et insuffle à l’ensemble un rythme galopant, une joie tonique et enlevante. Les comédiens, visiblement, s’amusent follement de ce festival du mensonge et des quiproquos. Chacun est excellent, énergique, et on aimerait tous les nommer. Mentionnons ici le jeu très inventif et toujours nuancé de Jonathan Gagnon, et celui de Christian Michaud, qui campe un Scapin particulièrement agile et moqueur, et brille dans plusieurs scènes tenant du tour de force.

Hors du temps

Costumes, décor et accessoires amalgament éléments modernes et références au passé : l’ensemble situe la pièce un peu hors du temps, où querelles entre pères et fils, amours de jeunesse et tromperies sont éternellement de saison. Les costumes (Sébastien Dionne), colorés, ajoutent à la pièce une touche de soleil et un parfum de commedia dell’arte. L’action se déroule dans un décor également intemporel, et magnifique (Ariane Sauvé) : une tour improbable, érigée à l’aide de commodes et d’armoires dépareillées. Offrant différents espaces de jeu, permettant de grimper, de se cacher, la tour évoque aussi, par sa hauteur et son aspect inextricable, par ses portes et ses tiroirs, les inventions ambitieuses de Scapin, les secrets et les mystifications.

Les fourberies de Scapin est un véritable régal. On est séduit par son comique irrésistible, et on se laisse volontiers emporter par la fantaisie de ce tourbillon, par ce vent de chaleur et de folie. Voilà un spectacle réconfortant, dont on sort joyeux : un baume bienvenu sur ce froid janvier.

Les fourberies de Scapin

Texte : Molière. Mise en scène : Jacques Leblanc. Avec Émile Bergeron, Chantal Dupuis, Philippe Durocher, Hugues Frenette, Jonathan Gagnon, Élie Giasson-Fragasso, Pierre-Olivier Grondin, Marianne Marceau, Christian Michaud, Jack Robitaille, Ghislaine Vincent. Production du Théâtre de la Bordée, à la Bordée jusqu’au 14 février.