La petite vie presque en vrai

Pierre-François Legendre et Émilie Bibeau arrivent un peu à tirer leur épingle de ce mauvais jeu.
Photo: François Brunelle Pierre-François Legendre et Émilie Bibeau arrivent un peu à tirer leur épingle de ce mauvais jeu.

Maudits Italiens ? Non ! Maudit accent italien, particulièrement lorsqu’il se retrouve dans la bouche d’un acteur, ou d’une actrice, qui a de l’Italie en lui, au mieux un voyage en Toscane, au pire le buffet de pâtes surcuites de chez Da Giovanni sur la rue Sainte-Catherine.

La caricature est alors inévitable et n’est malheureusement pas évitée par Béatrice Picard qui, dès les premières mesures des Chroniques de Saint-Léonard, pièce de Steve Galluccio, livrée actuellement sur les planches du théâtre Duceppe, donne, avec une parlure ritale oscillant entre la parodie et l’exercice de diction manqué, cette mauvaise tonalité à cette création, montée au Centaur l’an dernier et présentée ici dans une traduction en français. Mauvaise tonalité qui va s’accrocher sur l’heure et demie de cette production comme de la sauce tomate en conserve sur une pasta générique.

Difficile de se laisser absorber par cette salle à manger de Saint-Léonard où trois générations d’Italo-Montréalais se sont réunies pour un souper de pâtes, un dimanche soir. Il y a la Mamma un peu folle, mais surtout alcoolique, deux tantes, leurs maris et un jeune couple moderne qui va avoir quelque chose de redoutable à annoncer. C’est un souper de famille ordinaire, avec ces blagues de petits mononcles, ces non-dits, ces jeunes qui subissent les vieux, ces secrets de polichinelle qui sous l’effet l’alcool peuvent finir par sortir, ces mamies qui radotent. L’humanité, quoi, dans sa dimension universelle, mise autour d’un bol de raviolis qui vont se transformer en « spaghat ».

Le texte de Galluccio a tout pour être sensible, lucide et divertissant, mais sous l’effet d’une mise en scène donnant l’impression d’emprunter ses codes au répertoire estival des années 80, l’objet théâtral qui en résulte ici n’arrive pas à convaincre, croulant très vite sous le poids de ses incohérences, de ces lignes qui sonnent fausses, de ces exagérations injustifiées et même d’une scénographie visiblement pensée pour le télé-théâtre d’une autre époque et qui ici vient alourdir un ensemble qui ne manquait pourtant pas de lourdeur.

Dans ce tout, Pierre-François Legendre et Émilie Bibeau, en jeune couple en quête de réelle émancipation, arrivent un peu à tirer leur épingle de ce mauvais jeu. Tout comme d’ailleurs Harry Standjofski, qui est sans doute le seul à vraiment s’en sortir avec son identité quadriculturelle qui, sans surprise, trouve habilement sa place dans l’oeuvre de Galluccio. Il est question ici de choc des générations dans l’univers hypercontraignant que peut être celui de l’immigration, pris entre modernité, tradition et sauvegarde de racines qui, d’une génération à une autre, s’étiolent.

Un choc de générations qui, sur la scène de Duceppe, donne finalement une grosse collision qui fait trop de dégâts.

Les chroniques de Saint-Léonard

Texte : Steve Galluccio. Mise en scène : Monique Duceppe. Avec : Émilie Bibeau, Pierre-François Legendre, Pauline Martin, Béatrice Picard, Sylvie Potvin, Claude Prégent et Harry Standjofski. Au théâtre Jean-Duceppe, jusqu’au 7 février.